La ministre des Transports et de la Mobilité durable, Geneviève Guilbault, a officiellement mandaté la CDPQ Infra, filiale de la Caisse de dépôt et placement du Québec, afin de définir un projet de transport structurant pour la région de Québec. La fluidité entre les rives, y compris le volet autoroutier du troisième lien entre Québec et Lévis, seront étudiés.

Près de deux semaines après la mise au rancart du projet de tramway de la Ville de Québec, la ministre demande à la CDPQ Infra de se pencher sur deux volets : définir un projet de transport structurant permettant d’améliorer le transport en commun pour la ville de Québec et améliorer de la mobilité et la fluidité dans la Communauté métropolitaine de Québec, notamment entre les deux rives.

La Caisse disposera de six mois pour trouver une ou des solutions qui permettront de satisfaire ces deux objectifs.

Cet échéancier commencera dès que toutes les études seront transmises à CDPQ Infra. Maxime Roy, directeur des communications du cabinet de Geneviève Guilbault, répond que ce sera fait sous peu.

Selon Geneviève Guilbault, le gouvernement n’aura pas à débourser pour le mandat d’études. Pour le moment, il n’y a pas de frais comme tels parce que beaucoup d’études existent déjà, admet-elle, en entrevue à l’émission C’est encore mieux l’après-midi.

Elle ajoute par contre que si la Caisse n’obtient pas le contrat de réalisation, il pourrait y avoir des frais à défrayer, comme le prévoit l’entente de 2015 entre le gouvernement et la CDPQ Infra qui avait servi à réaliser le REM.

Le retour du troisième lien

Ce printemps, Geneviève Guilbault avait affirmé qu’il n’y a pas de données qui justifieraient l’implantation d’un tunnel autoroutier entre les deux rives. Par contre, elle prétend maintenant que les données de déplacements peuvent changer d’ici à la remise du rapport.

Geneviève Guilbault répond à une question de l'animateur Bruno Savard.

La ministre des Transports et de la Mobilité durable, Geneviève Guilbault, en entrevue au Téléjournal Québec.

Photo : Radio-Canada / Érik Chouinard

La ministre évoque aussi l’ajout du transport des marchandises dans l’équation pour possiblement donner une meilleure option de rechange au pont Pierre-Laporte. Dans le tunnel sous fluviale, il n’y avait pas de camions qui pouvaient passer à cause de la pente alors on ne réglait pas la volonté d’avoir une redondance pour nos camions , rappelle-t-elle.

Le maire de Lévis, Gilles Lehouillier, qui militait toujours pour un volet autoroutier, même après l’abandon du gouvernement, est évidemment ravi. C’est une bonne nouvelle, se réjouit-il.

On revient pas mal à ce qu’était le Réseau express de la Capitale. Oui, on a perdu du temps, mais il y a un vieux principe qui dit “il n’est pas trop tard pour bien faire”, poursuit le maire.

Le maire de Québec, Bruno Marchand, ne veut pas que la potentielle réalisation d’un lien interrives donne des délais supplémentaires pour le projet de transport structurant de Québec. Ce n’est possible que ce risque-là survienne. Si on fait ça, on aura délibérément tué le projet, craint-il.

Marchand veut des résultats

Pour Bruno Marchand, le décompte est officiellement commencé. Il estime que toutes les études et données sont déjà disponibles. Il veut des résultats au plus tard le 20 mai.

Il demande aussi au gouvernement de s’engager à ne pas ajouter davantage de délais après la réception du rapport de la CDPQ.

Est-ce que l’idée d’avoir une vision régionale est bonne? La réponse est “oui”, a réagi le maire en conférence de presse lundi. Mais ça ne peut pas être un prétexte pour que dans quatre à cinq mois, on me dise que ça va être plus compliqué et ça va prendre plus de temps pour faire un projet plus grand et que la ville de Québec va attendre.

Bruno Marchand en mêlée de presse.

Bruno Marchand avait remis le projet entre les mains de Québec au début du mois. (Photo d’archives)

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

En entrevue, lundi après-midi, la ministre Geneviève Guilbault évoque cependant déjà une remise décalée en juin. Elle assure tout de même que le gouvernement a l’intention de se mettre rapidement en mode réalisation.

Les gens ont été un peu échaudés par tout le va-et-vient. Le fardeau qu’on a sur nous en ce moment c’est d’être capable de démontrer qu’on est capable de livrer ces projets-là, remarque la ministre.

La Ville souhaitait que certaines précisions soient ajoutées au mandat de la caisse lorsqu’un brouillon du document lui a été présenté vendredi dernier.

Les suggestions du maire ne se retrouvent pas sur la version finale du document.

La Caisse accepte

La Caisse a aussitôt signifié par voie de communiqué qu’elle acceptait le mandat qui lui est confié.

Le président et chef de la direction de CDPQ Infra, Jean-Marc Arbaud, souligne que toute l’expérience et l’expertise de ses équipes seront mises à contribution en collaboration avec le ministère des Transports et de la Mobilité durable (MTMD) et la Ville de Québec.

Jean-Marc Arbaud prononce un discours.

Le PDG de CDPQ Infra, Jean-Marc Arbaud, lors de l’inauguration du REM (Photo d’archives)

Photo : Radio-Canada / Daniel Thomas

En plus de se baser sur les études existantes, la Caisse affirme qu’elle fera aussi sa propre évaluation des pôles de déplacements, des objectifs d’aménagement et des politiques de développement des villes concernées par le mandat afin de rédiger ses solutions.

Elle montre également son ouverture à se voir confier la réalisation, la gestion ou le financement des projets qui en résulteront. Ce genre de mandat subséquent devra tout de même être soumis au processus prévu par l’entente entre la CDPQ et le gouvernement du Québec.

Le maire de Québec souhaite travailler d’égal à égal avec la filiale de la Caisse et le gouvernement. Si ce n’est pas ça, ils vont me trouver sur leur chemin, avertit-il.

Il espère aussi que CDPQ Infra sera neutre dans son analyse pour ne pas favoriser l’implantation d’une technologie semblable au REM, projet que la caisse avait piloté à Montréal. Je pars avec la confiance qu’ils vont être objectifs et qu’ils n’ont pas un intérêt envers leur solution, indique Bruno Marchand.

Il jugera le projet soumis selon cinq critères : sa rapidité, sa capacité d’aménager la ville, la mobilité et l’économie ainsi que son intégration dans la ville en entier, pas seulement pour la région.

Dans la condition d’aménager une ville, si on reprend la même formule qui a échoué dans le volet REM de l’est, on va faire quoi. On va s’en aller dans le même mur, souligne le maire.

Que faire avec les chantiers?

En ce moment, 75 chantiers et plus 225 expropriations suivent leur cours pour le projet de tramway de Ville de Québec, qui était déjà entamé. Bruno Marchand est bien conscient que les citoyens se posent des questions.

Moi, je vais travailler à ce que ces gens-là aient des réponses. Je vais faire tout le travail de représentation auprès du gouvernement pour qu’on réponde à ces citoyens-là. La réponse doit venir du gouvernement, répète-t-il.

Une excavatrice dans un chantier de construction dans Sainte-Foy, à Québec.

Environ un demi-milliard de dollars ont déjà été investis dans le projet de tramway. (Photo d’archives)

Photo : Radio-Canada / Olivier Lemieux

La Ville de Québec a demandé une rencontre avec le ministère pour avoir un éclairage sur le sujet.

Geneviève Guilbault affirme qu’un sous-ministre adjoint déjà impliqué dans le projet de tramway s’occupe de faire l’inventaire des travaux et des contrats en cours et à venir afin de déterminer ce qui pourra continuer et ce qui pourra être mis en pause.

Elle ajoute aussi que certains employés du bureau de projet seront invités à venir collaborer sur le comité de travail avec la Caisse et le ministère sur le projet de mobilité.

Avec des informations de Bruno Savard, Camille Carpentier et Guillaume Dumas



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