Il s’appelle Adeel A. Mangi et il pourrait écrire une page d’histoire aux États-Unis. Si sa nomination est confirmée par le Sénat, ce quarantenaire pourrait devenir le premier juge musulman à siéger à une cour d’appel fédérale dans l’histoire américaine.

Le président américain Joe Biden a annoncé en début de semaine plusieurs nominations de nouveaux juges, dont celle de M. Mangi.

D’origine pakistanaise et basé au New Jersey, l’avocat est diplômé des universités Harvard et Oxford, et est actuellement associé à la grande firme new-yorkaise Patterson Belknap.

Adeel A. Mangi devrait siéger à la Cour d’appel des États-Unis du troisième circuit, qui regroupe des districts des États du New Jersey, du Delaware et de la Pennsylvanie.

Nous sommes vraiment heureux de cette nouvelle, lance le président de l’association musulmane américaine du Barreau, Bilal Ezzeddine, joint au téléphone. Nous pensons que le pouvoir judiciaire, surtout au niveau fédéral, doit refléter la diversité de la société qu’il sert. Les juges doivent s’appuyer sur une diversité d’expériences de vie pour résoudre les conflits dans les causes qu’ils sont amenés à juger.

M. Mangi a notamment fait les manchettes en 2017 et en 2018. Il défendait à l’époque deux sociétés islamiques qui poursuivaient de petites villes du New Jersey qui avaient refusé la construction d’une mosquée sur leurs territoires.

Dans les deux cas, M. Mangi est parvenu à faire signer des règlements qui ont permis aux sociétés islamiques concernées d’obtenir, au total, plus d’un million de dollars. Les projets de construction de mosquées ont ainsi pu aller de l’avant.

L’avocat a également contribué à la contestation d’un décret, surnommé le Muslim Travel Ban, adopté sous l’administration de l’ancien président Donald Trump. Ce décret, révoqué par Joe Biden dès son arrivée au pouvoir, interdisait aux résidents de sept pays à majorité musulmane d’entrer sur le territoire américain.

Diversifier la magistrature, un « réel projet » de Biden

La nomination de M. Mangi paraît logique aux yeux de Craig Green et de Jane Manners, respectivement professeur et professeure assistante à l’école de droit Beasley de l’Université Temple, située à Philadelphie.

C’est un moment marquant qui est à l’image des efforts qu’a déployés M. Biden pour diversifier la magistrature fédérale en matière d’ethnicité et de genre, soutient Mme Manners.

Depuis le début de son mandat, le président a procédé à plus de 150 nominations de juges, dont la vaste majorité sont des femmes ou des personnes issues de la diversité culturelle. La plus connue est Ketanji Jackson Brown, qui est devenue en 2022 la première femme noire à siéger à la Cour suprême des États-Unis.

Il est cependant difficile de prédire la manière dont les juges vont trancher en se basant uniquement sur ce dont ils ont l’air ou sur leurs expériences antérieures, note Mme Manners. Elle donne à ce titre l’exemple de deux anciens juges de la Cour suprême aujourd’hui décédés, William J. Brennan fils et Antonin Scalia, tous deux catholiques. Le premier était connu pour ses positions progressistes, tandis que le second est considéré comme l’un des conservateurs les plus influents dans l’histoire récente de l’institution.

N’empêche, M. Mangi a des antécédents en matière de défense des droits civiques et il a défendu des clients issus de la communauté LGBTQ+, note Mme Manners, ce qui pousse plusieurs observateurs à qualifier son bilan de progressiste.

Le professeur Craig Green constate quant à lui qu’inclure des juges aux parcours diversifiés au sein de la magistrature fédérale est un réel projet de l’administration Biden.

Une orientation qui contraste avec celle de son prédécesseur, Donald Trump. Ce serait très difficile d’imaginer M. Trump procéder à la nomination d’un juge musulman lors d’un hypothétique deuxième mandat, puisqu’il n’a rien fait de tel lors de son premier, explique M. Green, ajoutant que les choix de M. Trump étaient très largement orientés vers les hommes blancs.

Peu importe l’issue de l’élection présidentielle de l’année prochaine, le président de l’association musulmane américaine du Barreau demeure confiant. Il y a beaucoup d’avocats musulmans conservateurs qui aspirent à siéger à une cour fédérale. Il n’y a aucune raison pour qu’une administration Trump, ou toute autre administration républicaine, ne les considère pas, affirme Bilal Ezzeddine.

Violette Cantin est lauréate de la bourse Expérimenter le journalisme à l’étranger de la Fondation de l’UQAM.



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