Le cabinet du ministre de la Santé du Québec, Christian Dubé, trouve « très questionnable » une dépense effectuée par le Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM) pour offrir une formation de l’École nationale de l’humour à des cadres de l’établissement.

Radio-Canada révélait, lundi, l’existence de ce contrat d’un montant de 60 000 $ intitulé « Compétences humour pour les gestionnaires ». La formation a été dispensée après l’arrivée du nouveau PDG Frédéric Abergel, nommé par le gouvernement, au début de l’année.

Tous les contrats octroyés par les établissements doivent être justifiés et doivent se faire dans les règles et s’assurer que ce soit pertinent, écrit par courriel le cabinet du ministre. Est-ce que ce l’est pour une formation d’humour?

C’est très questionnable, ça soulève des doutes et c’est à l’établissement d’expliquer et de démontrer sa pertinence, car on parle de fonds publics.

Cette entente fait suite à la décision, par la direction du CHUM en 2022, de définir l’humour comme faisant partie des valeurs de gestion dans un contexte, entre autres, de pénurie de main-d’œuvre, explique la porte-parole du CHUM, Jessie-Kim Malo.

Elle affirme que l’humour fait partie des compétences recherchées chez ses gestionnaires et que des études scientifiques ont démontré ses bienfaits en milieu de travail en y injectant une dose d’empathie, de créativité et de bonnes relations.

Au cours des dernières années, le réseau de la santé a subi une pression importante et le CHUM a voulu injecter de la bienveillance et contribuer au mieux-être des équipes en habilitant ses gestionnaires à recourir à l’humour dans le cadre du travail.

Un syndicat indigné

L’établissement a aussi octroyé un contrat de 100 000 $, de gré à gré, à la firme de consultants McKinsey dans le but d’obtenir un portrait comparatif du CHUM par rapport aux autres hôpitaux universitaires similaires, dans le but de se placer parmi les meilleurs hôpitaux au monde d’ici 2030.

Notre enquête démontrait que les hôpitaux du Québec dépensent des millions de dollars pour des contrats avec des firmes et des consultants privés pour faire du travail habituellement dévolu à leurs gestionnaires. Par exemple : gérer les ressources humaines, gérer les finances ou gérer des projets de maisons des aînés.

La Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS–CSN), qui sera en grève dès mardi, s’est montrée choquée par nos informations.

De l’argent pour des firmes privées, le gouvernement et nos employeurs en trouvent toujours. Pour améliorer les conditions de travail des travailleuses et travailleurs du réseau, il y a pas mal moins de volonté.

La pandémie et la pénurie de cadres seraient à l’origine de cette relation de dépendance toujours plus grande entre les gestionnaires du réseau et les consultants privés.

Le réseau fait face à des défis importants, rappelle le cabinet du ministre. Faire appel à des consultants externes pour aller chercher de l’expertise sur des problèmes précis afin de prendre les meilleures décisions est une des solutions pour être plus efficace.

Toutefois, ajoute le cabinet, ce sont des embauches qui doivent être justifiées et pertinentes, c’est essentiel.

Ça démontre concrètement que nous avons besoin d’une meilleure coordination dans l’ensemble du réseau afin d’implanter les meilleures pratiques partout et c’est ce que nous allons faire avec Santé Québec, dit le cabinet.

De son côté, l’opposition officielle a interpellé le ministre, qui disait vouloir attirer des gestionnaires de choc du secteur privé pour la future agence Santé Québec.

On dirait que vous avez déjà trouvé vos top guns, a ironisé le porte-parole libéral en santé, André Fortin.

On ne fait pas confiance aux gestionnaires en place, alors on embauche à contrat de plus en plus d’ex-gestionnaires à la retraite pour faire le même travail.

Notre dossier faisait état de plusieurs cadres rappelés comme consultants, tout juste après leur retraite, et engagés pour des tâches semblables à celles qu’ils réalisaient quand ils étaient employés du réseau public.



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