La vie d’Aatos Koivu a pris un tournant radical dans les derniers jours. Récompensé pour ses excellentes performances offensives cette saison, le fils de Saku a reçu pour la première fois l’appel de l’équipe nationale finlandaise, qui l’invitait à un tournoi préparatoire en vue du Championnat mondial des moins de 18 ans. 

L’histoire s’écrivait par elle-même : le jeune Aatos allait revêtir le chandail que le paternel a porté avec fougue et honneur au cours de sa grande carrière sur la scène internationale.  

L’appareil médiatique s’est mis en marche en Finlande.

«Avec les médias, ç’a juste explosé, raconte au bout du fil l’ex-gardien de la LNH Fredrik Norrena, l’entraîneur d’Aatos avec la formation des moins de 20 ans du TPS Turku. Il n’était pas si connu et en une semaine et demie, il est devenu le joueur de moins de 18 ans le plus suivi au pays.»

La famille Koivu tente de protéger le jeune homme à travers cette folie furieuse. L’auteur de ces lignes a bien tenté d’obtenir une entrevue avec Aatos, mais on lui a gentiment expliqué que ce ne serait pas possible. 

«Évidemment, Saku tente de protéger Aatos à l’heure actuelle, explique Norrena. La famille veut qu’il se tienne loin des médias pour le moment.» 

Les motifs sont très raisonnables. Toutes les manchettes font référence «au fils de Saku». Une pression qui peut devenir lourde à porter. 

«Laissons Aatos être Aatos, plaide Norrena. Laissons-le tracer son propre chemin. Le frère de Saku, Mikko, est aussi passé par là. Il était plus jeune de quelques années et [le jeu des comparaisons] a aussi été dur à gérer pour lui.» 

Une entrée en scène remarquée 

Quand, début septembre, la nouvelle selon laquelle un certain Aatos Koivu était admissible au prochain repêchage s’est répandue, les internautes ont sursauté en s’apercevant qu’il ne pesait que 126 livres, du haut de ses 5 pieds 11 pouces, selon la base de données EliteProspects. 

C’est aussi en raison de ce manque de maturité physique que le nom d’Aatos n’a pas vraiment résonné dans les dernières années, tant en Amérique du Nord qu’en Finlande. Le jeune attaquant ne cassait rien, pour tout dire.

Or, on a constaté lors des huit derniers mois une croissance considérable chez Aatos. 

«Son physique s’est développé de manière importante durant la dernière année, relève Norrena. C’est bizarre à dire considérant qu’il a seulement 17 ans, mais c’est un peu un “late bloomer”. Il est devenu plus fort et ça se voit dans son coup de patin et sa capacité à gagner les batailles pour la rondelle.

«Son tir aussi est devenu meilleur. Il a toujours eu une bonne vision et de belles habiletés avec la rondelle, mais il n’était pas capable de montrer ces qualités en raison de son désavantage sur le plan physique.»

EliteProspects a mis à jour les mensurations d’Aatos, qui pèserait désormais 165 lb. 

Résultat : Aatos Koivu n’est simplement plus le même joueur sur la patinoire cette saison. Après avoir dominé chez les 18 ans et moins avec 15 points en autant de matchs, les décideurs du TPS Turku l’ont fait graduer dans l’escouade des 20 ans et moins. 

«Tu pouvais voir lors des séries l’an dernier qu’il avait beaucoup progressé, se rappelle Norrena. Je m’étais dit à ce moment-là qu’il pourrait jouer des matchs avec nous l’an prochain. Puis après 15 matchs cette saison, il était le meilleur joueur de son équipe avec les 18 ans et moins.»

L’entrée en scène d’Aatos chez les moins de 20 ans a été fracassante : huit points, dont cinq buts, en cinq rencontres. 

«Je ne m’attendais pas à ce qu’il récolte près de deux points par match en arrivant, mais je ne peux pas dire que je suis surpris outre mesure de ses succès non plus, nuance Norrena. Je l’utilise sur la première vague de l’avantage numérique, dans le bureau d’Ovechkin, et il a un excellent tir. Ce n’est pas tout le monde à cet âge qui peut tirer sur réception comme il est capable de le faire.»

Joueur chétif et frêle à peine sur le radar il y a quelques mois, Aatos, fort des succès susmentionnés, est devenu un joueur à surveiller en Finlande, tant aux yeux des partisans et des journalistes qu’auprès des recruteurs. 

«Il n’y a pas que les journalistes qui veulent lui parler maintenant, mentionne Norrena. Les recruteurs aussi commencent à s’intéresser à lui. Tous les recruteurs veulent lui parler, car ils doivent après tout faire leurs devoirs en prévision du repêchage. 

«Imagine être quasiment un inconnu et devenir soudainement le joueur “U18” le plus populaire au pays. Ça en fait beaucoup à gérer pour lui en ce moment.»

L’influence de Saku 

Aatos, que Norrena décrit comme un franc-tireur, n’est pas tout à fait comme son père Saku ou son oncle Mikko. 

«Ce n’est pas un Koivu typique, décrit l’ancien gardien en rigolant. J’ai joué avec Mikko et Saku avec le TPS et l’équipe nationale, mais aussi contre eux dans la LNH. Saku était davantage un fabricant de jeux. Mikko était un centre extrêmement efficace dans les deux sens de la patinoire. Aatos a une bonne vision, mais son identité est davantage celle d’un tireur que d’un passeur.»

On peut observer, n’empêche, quelques ressemblances. 

«Aatos a l’agilité de son père dans les espaces restreints et l’habileté de défier les joueurs adverses à un contre un», souligne Norrena.

Il est aussi impossible de passer sous silence ce but récemment marqué en tirs de barrage par Aatos dans les couleurs de la Finlande. Le jeune homme a utilisé la feinte que son père employait avec grande efficacité avec les Canadiens de Montréal à l’époque.

«Son père a utilisé cette feinte contre moi à quelques occasions, ne manque pas de relever Norrena. Ce n’est pas plaisant (rires). Saku a été l’un des premiers joueurs à utiliser cette feinte dans les années 90. Je suis sûr qu’Aatos a regardé des faits saillants de son père et que ce dernier lui a enseigné quelques trucs.»

Détrompez-vous, toutefois : Saku ne se comporte pas comme s’il était l’entraîneur de son fils et il laisse le personnel en place gérer Aatos. 

«Saku est sur le conseil d’administration de TPS. Je dirais qu’il s’intéresse plus à l’organisation dans son ensemble. Naturellement, il est dans l’entourage de l’équipe et tu le vois à nos matchs de temps à autre, mais il est davantage un papa pour Aatos. C’est mieux comme ça. Il nous laisse travailler. 

«Je pense qu’il y a un lien de confiance qui existe, une conviction de sa part que nous savons ce que nous faisons.»

Voilà qui est rassurant. Une trop grande implication du père dans la carrière de son fils peut avoir des conséquences néfastes. On pourrait penser à la triste histoire d’un ancien attaquant des Canadiens, jadis très prometteur, qui évolue désormais dans la KHL… 





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