Au lendemain de son passage aux audiences du CRTC sur les services de diffusion en ligne, le PDG de Québecor, Pierre Karl Péladeau, presse le CRTC d’alléger rapidement la réglementation imposée aux diffuseurs d’ici pour leur donner plus d’agilité face aux « géants du streaming » qui raflent une part grandissante des auditoires en échappant à toutes ces règles.

Le grand patron de Québecor, qui était de passage mardi dans les studios de l’émission Tout un matin, sur les ondes d’ICI Première, refuse de baisser pavillon devant les géants mondiaux de la diffusion en ligne qui drainent une part importante des auditoires et des revenus publicitaires.

Les télévisions privées ont une seule source de revenus, c’est la publicité. Si vous la réduisez et même éventuellement vous la détruisez, qu’est-ce que vous pensez qu’il va se produire? On n’aura plus les moyens d’investir, prévient PKP.

La télévision est un vecteur extrêmement important […] pour mettre en valeur la langue, bien évidemment, mais aussi tous ceux et celles qui gravitent autour de notre industrie culturelle : le théâtre, les variétés, la chanson, ceux qui écrivent…

Pour le grand patron de Québecor, il ne fait aucun doute que la télévision généraliste ou la télévision spécialisée a encore sa place, et ce, même si ses capacités financières ont été amoindries de façon significative.

Rappelons que TVA, aux prises avec d’importantes pertes de revenus, a annoncé le 2 novembre la suppression de 547 postes – 31 % de son effectif –, la fin de ses activités de production interne en contenu de divertissement, la fin des activités dans la majorité des stations régionales et la rationalisation de son parc immobilier.

En février dernier, le Groupe TVA avait annoncé la suppression de 240 postes, dont 140 directement à TVA.

En juin, Bell annonçait pour sa part la suppression de 1300 postes ainsi que la fermeture ou la vente de neuf stations de radio et la fermeture de deux bureaux à l’étranger en raison de la pression financière qui pèse sur le groupe.

Bell ajoutait que ses 35 stations de télévision locales, exploitées sous les marques CTV, CTV Two et Noovo, ainsi que trois services de nouvelles télévisées facultatifs – CP24, CTV News Channel et BNN Bloomberg – étaient également sous pression financière.

Est-ce qu’il ne va rester que Radio-Canada?

Habituellement critique envers Radio-Canada, le grand patron de Québecor a reconnu l’apport culturel important de la société d’État tout en ajoutant que c’est bientôt tout ce qu’il restera de l’écosystème télévisuel canadien si les réseaux privés tombent, faute d’auditoire et de revenus publicitaires.

Est-ce qu’il ne va rester que Radio-Canada? Peut-être. Alors est-ce que ça va être au gré du gouvernement à Ottawa? Qu’est-ce qui va se passer? On avance, on diminue les budgets? a-t-il questionné en faisait allusion au fait que la SRC est tributaire du financement gouvernemental.

Réglementation trop lourde

Pour Pierre Karl Péladeau, qui a comparu lundi, à Gatineau, devant le CRTC qui se penche pendant trois semaines sur le cadre réglementaire de la loi C-11 sur la diffusion continue en ligne, il est urgent que le CRTC allège les règles qui régissent les réseaux privés pour leur permettre de s’adapter et de survivre à la domination des géants de la diffusion en ligne qui se dessine.

Pierre Karl Péladeau marche dans un corridor.

Le PDG de Québecor, Pierre Karl Péladeau, à la sortie de sa comparution devant le CRTC en 2021. (Photo d’archives)

Photo : Ivanoh Demers

Affirmant avoir répété aux partons du CRTC ce qu’il leur avait dit il y a 12 ans, Pierre Karl Péladeau déplore la lourdeur réglementaire que fait peser l’organisme sur les réseaux privés.

Son constat est sans appel : la réglementation est en train de tuer nos activités.

Le CRTC tient actuellement à une série d’audiences en vue d’établir un nouveau cadre réglementaire dans le cadre de l’adoption de la loi C-11. Il y sera notamment question des contributions au contenu canadien que devront faire les diffuseurs en ligne étrangers. Québecor, Bell, Telus, Cogeco, Radio-Canada, Rogers ainsi que Netflix, Google et Apple, notamment, ont été convoqués par le CRTC.

Nous sommes assujettis à faire des rapports, il faut payer des redevances, il faut investir dans le Fonds [des médias du Canada], il faut distribuer toutes sortes de chaînes que malheureusement peu de personnes regardent. Il y a un coût qui est lié à tout ça, rappelle PKP.

C’est imposition sur imposition, sur imposition… Et quand on regarde avec les entreprises étrangères, elles n’ont aucune obligation. Elles font ce qu’elles veulent et nous on voit nos revenus diminuer et notre fardeau réglementaire augmenter.

Aujourd’hui on a des départements d’affaires réglementaires très importants. Le fardeau réglementaire est extrêmement lourd et malheureusement il est venu impacter de façon significative notre capacité financière d’investir.

Lorsqu’on lui oppose que sans réglementation, les réseaux canadiens pourraient inonder leur grille horaire de séries américaines, le patron de Québecor rétorque que son réseau n’a pas besoin de quotas d’émissions canadiennes.

Nous savons très bien que c’est ce que les Québécois et les Québécoises veulent voir, assure-t-il.

Contribution des diffuseurs étrangers, il n’y croit pas

Une personne s'apprête à visionner un contenu sur son téléviseur intelligent.

Le quart des Québécois sont abonnés à au moins trois plateformes de visionnement en ligne.

Photo : iStock

Pour ce qui est de la solution voulant qu’Ottawa oblige les géants étrangers à cotiser dans un fonds de production canadienne pour protéger l’industrie télévisuelle d’ici, Pierre Péladeau n’y croit pas.

Ça a pris, je pense, cinq ans avant d’appliquer la taxe de vente sur Netflix […] alors que tous les autres produits au Canada sont taxés.

Si le gouvernement a de la difficulté à imposer une taxe de vente, qu’est-ce ce qui va se produire quand on le dira à Meta, à Google, à Apple, à Paramount […] Est-ce que vous croyez qu’il va y avoir un gouvernement qui va dire : « On va interdire la diffusion de Netflix au Canada? »

La déréglementation n’arrangera rien, selon les syndiqués de TVA

Des gens debout devant la station de TVA.

Un rassemblement en solidarité avec les employés de la station de TVA de Trois-Rivières. (Photo d’archives)

Photo : Radio-Canada / Josée Ducharme

Réagissant aux propos tenus la veille devant le CRTC par leur employeur, les membres du Syndicat des employé(e)s de TVA, affilié au SCFP, rappellent dans un communiqué publié mardi les coupes à blanc de leur employeur dans les stations régionales de TVA.

Selon Steve Bargoné, conseiller coordonnateur du secteur Communications du SCFP-Québec, sans la réglementation du CRTC, qu’elle soit désuète ou non, il y a longtemps que les informations locales produites par les stations régionales auraient disparu de nos écrans.

Aux dires du syndicat, Québecor instrumentalise les employés de TVA dans la bataille qu’elle livre pour la déréglementation des médias électroniques au pays.

Il est inacceptable que nos emplois soient sacrifiés au détriment de l’intérêt public et au nom du modèle d’affaires de Québecor. La déréglementation n’est pas la solution, écrit Carl Beaudoin, président provincial du SCFP 687.

La section locale 687 représente près de 1000 employés du Groupe TVA.



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