Le père du footballeur de Liverpool Luis Diaz, enlevé fin octobre en Colombie par la guérilla de l’Armée de libération nationale (ELN), a été libéré jeudi, selon des images diffusées par des médias locaux.

Accompagné d’une mission humanitaire, Luis Manuel Diaz a atterri en hélicoptère à l’aéroport de Valledupar, dans le nord du pays.

La Conférence épiscopale colombienne a publié une photo montrant M. Diaz dans une zone boisée tandis qu’une femme contrôle ses paramètres vitaux.

« Vive la Liberté et la Paix ! », a réagi le président de gauche Gustavo Petro sur les réseaux sociaux.

L’ELN, qui mène des négociations de paix avec le gouvernement, avait enlevé le 28 octobre les parents de l’ailier de Liverpool dans une station-service de Barrancas, la ville natale de la famille, près de la frontière avec le Venezuela. Des hommes armés circulant à moto les avaient kidnappés. Le même jour, la mère du footballeur de 26 ans avait été libérée.

Ce rapt a mis en péril le processus de paix entamé il y a près d’un an entre l’ELN et le gouvernement, ainsi que le cessez-le-feu bilatéral de six mois en vigueur depuis le 3 août.

M. Petro avait estimé la semaine dernière que cet enlèvement avait rompu la « confiance » entre les parties. Le commandant militaire de la dernière guérilla reconnue en Colombie, Antonio Garcia, avait lui-même admis samedi avoir commis une « erreur » avec ce rapt.

Plus de 250 policiers ont été mobilisés par voie terrestre et aérienne pour rechercher M. Diaz. Dimanche, l’ELN avait cependant estimé que cette présence militaire rendait difficile sa libération « rapide et sûre ». L’armée a ainsi retiré ses troupes lundi.


Crédit photo : AFP

« Angoisse »

Dimanche, Luis Diaz a dédicacé son but dans le temps additionnel pour l’égalisation face à Luton (1-1) à son père. Entré en jeu à la 84e minute alors que Liverpool était mené 1-0, il a égalisé de la tête avant de soulever son maillot laissant apparaître le message « Libertad para papa » (Liberté pour papa, en espagnol) sur le tee-shirt qu’il portait en-dessous.

« Je demande à l’ELN de libérer rapidement mon père », avait-il ensuite écrit sur les réseaux sociaux. « Chaque seconde, chaque minute, notre angoisse grandit : ma mère, mes frères et moi sommes désespérés », avait ajouté le joueur star de l’équipe nationale colombienne.

Luis Manuel Diaz, dit « Mane », a été le fondateur et entraîneur de la seule école de football de Barrancas, ville de quelque 38.000 habitants, où son fils a montré dès son plus jeune âge des aptitudes exceptionnelles.

Mercredi, des dizaines d’enfants sont allés s’entraîner avec des ballons blancs en son honneur.

Le joueur de 26 ans a brillé dans son pays avant de rejoindre le club portugais de Porto puis le club anglais de Liverpool. L’année dernière, il a fait partie des vingt finalistes du Ballon d’Or et a été l’un des buteurs de la Copa America 2021.

C’est la première fois qu’un indigène colombien accède à l’élite du football, dans un pays où 4,4% de la population appartient à une communauté indigène.

Ce rapt a constitué un nouveau revers pour la politique de « paix totale » du président Petro, qui vise à désarmer tous les groupes illégaux du pays par le dialogue.

Dimanche, la principale faction de la dissidence de l’ancienne guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), qui a rejeté l’accord de paix de 2016, a annoncé la suspension de sa participation au dialogue avec le gouvernement entamé en octobre à la frontière vénézuélienne.

Malgré le désarmement de la majeure partie des FARC en 2016, le conflit armé dans le pays se poursuit après six décennies de violence qui ont fait quelque 9,5 millions de victimes.



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