Au lendemain d’un caucus « émotif », les élus de la Coalition avenir Québec (CAQ) ont tous respecté la ligne de parti, jeudi, en votant contre une motion libérale demandant l’annulation de la subvention offerte aux Kings de Los Angeles pour venir dans la Vieille Capitale en 2024.

Même ceux qui avaient publiquement émis des réserves par rapport à l’annonce de la semaine dernière se sont prononcés avec le gouvernement, dont Luc Provençal (Beauce-Nord) et Éric Girard (Lac-Saint-Jean), qui avaient déclaré mardi que l’aide de cinq à sept millions de dollars offerte par Québec était contraire à leurs valeurs.

Déposée mercredi, la motion stipulait notamment que l’Assemblée nationale demande au gouvernement caquiste d’annuler la subvention accordée pour la tenue de deux parties présaison des Kings de Los Angeles et de mieux répondre aux besoins criants dans de nombreux secteurs au Québec, notamment dans la Capitale-Nationale.

Trente élus de l’opposition ont voté pour; soixante-quatorze députés du gouvernement ont voté contre. Personne ne s’est abstenu. Vingt et un élus étaient absents au moment du vote, dont seize caquistes, mais aucun connu pour son désaccord avec la venue des Kings au Centre Vidéotron.

Marie-Louise Tardif se rendant au Salon bleu.

La députée caquiste Marie-Louise Tardif constatait mercredi qu’il y avait « de l’insatisfaction » dans la population. (Photo d’archives)

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

La députée Marie-Louise Tardif, qui avait laissé entendre la veille qu’il y avait une certaine grogne dans sa circonscription de Laviolette–Saint-Maurice, s’est finalement prononcée contre la motion de l’opposition.

C’est extrêmement gênant, a commenté le porte-parole libéral en matière de finances, Monsef Derraji, dans une déclaration transmise à la presse. La députée sait quelle différence énorme auraient pu faire ces millions de dollars pour de nombreux organismes [de sa région], plutôt que de les offrir à de riches millionnaires américains.

Un caucus échaudé

La polémique, qui n’a fait que grandir depuis l’annonce de la semaine dernière, a été amplifiée par la réaction négative de Sport Québec, mais aussi d’autres organismes et syndicats, qui réclament tous des sommes supplémentaires de la part du gouvernement.

Un article de La Presse révélant que, pour fournir l’aide exigée par les Kings, la CAQ avait eu recours au Fonds de la région de la Capitale-Nationale, a également trouvé écho auprès de Québec solidaire, qui a demandé à la vérificatrice générale d’ouvrir une enquête.

En outre, la controverse a cristallisé un certain mécontentement au sein du caucus du gouvernement, déjà échaudé par la perte de Jean-Talon et par les critiques relatives à la gestion des grands projets de transport à Québec, comme le « 3e lien » et le tramway.

Déjà, mardi, Luc Provençal et Éric Girard (à ne pas confondre avec le ministre des Finances, qui partage le même patronyme) avaient signifié à la presse parlementaire que la subvention aux Kings, une riche équipe de hockey américaine, ne cadrait pas avec leurs « valeurs ».

Avant eux, d’autres élus caquistes, comme Geneviève Guilbault et Yannick Gagnon, avaient remis en question le timing de l’annonce, alors que Québec négocie ces jours-ci avec le secteur public et que sa marge de manœuvre est « serrée ». Même des joueurs des Kings ont fait part de leur malaise.

La CAQ plus unie que jamais, assure Legault

Selon un sondage Pallas-L’Actualité, les troupes de François Legault ont perdu 10 points de pourcentage dans les intentions de vote depuis la semaine dernière, essentiellement au profit du Parti québécois, maintenant donné favori.

Interrogés sur le sujet, des élus de la CAQ, comme Marie-Louise Tardif et Youri Chassin, ont admis mercredi que les dernières décisions gouvernementales ont pu créer de la grogne dans la population.

Le caucus de François Legault s’est réuni comme il le fait chaque semaine, mercredi soir, pour faire le point. Selon nos informations, les conseillers politiques n’étaient pas invités, afin que les élus puissent parler plus librement.

De retour à l’Assemblée nationale, jeudi, la plupart des députés de la CAQ questionnés par la presse se sont dits satisfaits de la rencontre ou se sont tout simplement abstenus de commenter. Le premier ministre a même soutenu que ses troupes étaient plus unies que jamais et que les partis d’opposition devraient être jaloux.

Seul le député de Drummond–Bois-Francs, Sébastien Schneeberger, s’est permis d’évoquer un caucus émotif, admettant que les négociations avec le secteur public mettaient beaucoup de pression sur les élus et leurs familles. Ce n’est pas facile, a-t-il dit. On est des humains comme tous les autres, hein.



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