«Mon but, ce n’est pas d’être le meilleur joueur de hockey à 18 ans. Mais quand je vais être prêt et que tout le monde sera à la même maturité physique, à 26 ou 27 ans, c’est à ce moment que j’aspire à être le meilleur joueur du repêchage 2024.»

Meilleur que Macklin Celebrini? Sacha Boisvert n’a pas peur de l’affirmer. 

Depuis un très jeune âge, l’attaquant natif de Trois-Rivières a les idées claires en ce qui a trait à ses ambitions et à la manière de les accomplir. Il n’aura jamais eu besoin d’un conseiller en orientation. 

À 11 ans, il savait que son développement passerait par les États-Unis; une visite des installations de Providence College a suffi pour le convaincre. À 14 ans, il quittait donc son patelin pour rejoindre l’académie Mount Saint Charles dans le Rhode Island. L’an prochain, il deviendra le premier Québécois de l’histoire à endosser le chandail de l’Université North Dakota. 

«Depuis que je suis jeune, je n’ai rien le goût de faire d’autre que d’être un joueur de hockey», résume sans détour le principal intéressé au bout du fil.

Boisvert évolue présentement dans le circuit junior majeur américain (USHL) avec les Lumberjacks de Muskegon. Pourquoi avoir choisi Muskegon? Parce qu’il s’est rapidement bien entendu avec le directeur général Steve Lowe, mais aussi pour la simple et bonne raison qu’on lui donne accès à la patinoire 24 heures sur 24, sept jours semaine.

«La première chose que j’ai remarquée chez lui, c’est sa volonté d’être le meilleur. Ça m’a tout de suite frappé. Tu as de la misère à le sortir de la glace», raconte l’entraîneur-chef des Lumberjacks, Parker Burgess. 

«Fallait que je m’obstine avec lui pour le sortir, se souvient l’un de ses anciens entraîneurs au Séminaire Saint-Joseph, Sébastien Lemay. La zamboni sortait et il continuait. D’après moi, il faut que tu barres les portes et, même là, il va essayer de trouver les clés à quelque part.»

Et Pourquoi North Dakota, dans la NCAA? La réponse ne devrait plus vous surprendre.

«J’aimais le fait que le plus gros bâtiment dans la ville, c’était l’amphithéâtre. Tout est basé sur le hockey là-bas. Il n’y a aucune distraction. C’est juste le hockey», insiste Boisvert.

Un laboratoire de développement pas comme les autres

Sans doute parce que Boisvert s’est exilé aux États-Unis, les prouesses de l’attaquant ne font pas les manchettes au Québec. Pourtant, ça devrait être le cas. Il est l’un plus beaux espoirs québécois à avoir émergé dans la dernière décennie. 

À 17 ans et 6 pieds 2 pouces, Boisvert s’illustre dans la USHL avec déjà 12 buts en 18 matchs. Et les limites de son potentiel sont difficiles à définir. 

«Il a vraiment un package qui est rare pour un joueur de hockey, décrit Denis Francoeur, qui a supervisé son développement au Séminaire Saint-Joseph. Certains ont des mains incroyables, un coup de patin incroyable. D’autres sont plus robustes et ont du papier sablé. Sacha regroupe un peu tous ces éléments. Il est hyper explosif dans un sport axé sur l’explosivité. Il a des mains très agiles et il peut compter des buts de plusieurs façons.

«Il a une bonne vision du jeu. Ajoutez à ça qu’il a du papier sablé. D’avoir ce côté rugueux et ce talent-là à 6 pieds 2, c’est rare. Pour le moment, il n’a pas atteint sa pleine force physique. Il va probablement jouer au-dessus de 200 livres. C’est dans la lignée des Tkachuk, peut-être.»

«Un gros bonhomme intelligent qui patine et qui est capable de se chicaner. Bref, en plein le genre de joueur de centre qui manque à Montréal», constate de son côté Lemay. 

Mais ce qui a fait de Boisvert le spécimen qu’il est aujourd’hui est tout aussi intéressant, sinon plus, que le spécimen lui-même.

Lors de sa troisième année de primaire, Boisvert a rejoint un laboratoire de développement absolument fascinant, l’Académie Denis Francoeur au Séminaire Saint-Joseph.

L’approche préconisée détonne avec celle des autres programmes de hockey : l’accent est mis presque exclusivement sur le développement des habiletés individuelles. 

«Les idées que j’ai implantées dans le programme ont germé dans ma tête au cours de mes années dans la LHJMQ [à titre d’entraîneur-chef des Cataractes de Shawinigan, notamment], explique Denis Francoeur. Je voulais aller beaucoup plus loin dans le développement à bas âge. 

«Les années Novice, Atome et Pee-Wee sont des années critiques dans le développement. Ça prend du volume. Je me suis entre autres inspiré de ce qui est fait en Suède et en Finlande, où on est pas pressés à isoler l’élite. Ce qui est important c’est que les jeunes bénéficient du même encadrement.»

Le ratio entraînement-match était carrément de cinq pour deux. 

«Chaque journée de la semaine, tu pratiques sur tes “skills” et il y a des ateliers avant chaque séance, explique Sacha Boisvert. Je fais encore les exercices aujourd’hui.»

Il y a plus précisément cinq ateliers construits autour des aptitudes élémentaires du hockey. Premier atelier : patinage. Deuxième : les mains. Troisième et quatrième ateliers : exercices travaillant la coordination des pieds et des mains (en les faisant bouger en même temps). Cinquème atelier : passe ou lancer. Les exercices variaient, mais les thèmes de chaque atelier demeuraient les mêmes. 

«C’est moins de jeu d’équipe et de système, note Boisvert. Le jeu collectif s’apprend plus facilement que les “skills”.»

Autre particularité de l’académie : les jeunes amélioraient leur QI hockey en changeant constamment de position au cours d’un match, passant d’ailier gauche à joueur de centre à ailier droit et même d’attaquant à défenseur. 

«Tu comprends mieux les besoins des autres joueurs sur la glace, fait valoir Francoeur. Juste ça, ça développe ton sens du jeu. Dans le hockey d’aujourd’hui ça leur est très utile, car tu vas entendre ça de plus en plus dans les prochaines années, ce qu’on appelle le “positionless hockey”, le hockey sans position. 

«Le jeu offensif est un jeu à cinq joueurs et les défenseurs sont très impliqués dans l’attaque, si bien qu’ils peuvent se retrouver en bas de zone en contrôle de rondelle. Nous ça fait déjà 12 ans qu’on enseigne le hockey sans position. Parfois, on encadre beaucoup trop nos joueurs et on les met dans un carcan. Ils ont de la difficulté à s’exprimer.»

Boisvert peut donc patiner avec la même aisance à reculons que vers l’avant, ce qui n’est pas donné à tous les joueurs. 

«Même à la défense, il pourrait être repêché dans les deux premiers tours», fait valoir Sébastien Lemay. 

L’académie porte le nom de Denis Francoeur, mais c’est avec Lemay que Boisvert a travaillé le plus étroitement. C’est d’ailleurs à Lemay que Francoeur a confié les clés du programme lorsqu’il a pris sa retraite l’an dernier. Lemay gère l’académie en compagnie de l’ancien attaquant des Canadiens Michaël Bournival.

«J’ai été son entraîneur-chef pendant trois ans, indique Lemay. Aussi, je m’occupe beaucoup du volet power skating du développement. Chaque équipe a un 30 minutes de power skating toutes les semaines. Là où je me suis impliqué davantage avec Sacha, c’est surtout lors des congés, durant l’été et la semaine de relâche, par exemple.

«Je travaillais avec lui plus étroitement dans des petits groupes. Sacha, c’est un grand bonhomme. À un jeune âge, souvent, le patin est plus difficile pour un joueur de sa grandeur qui apprivoise son corps, mais Sacha a travaillé beaucoup, beaucoup son coup de patin. 

«Ça va être un joueur très agile et explosif malgré ses 6 pieds 2 et bientôt 6 pieds 3 parce qu’il a toujours pris soin de son coup de patin. Si j’arrivais à un entraînement et je lui disais : “pas de rondelle, on pratique juste à une jambe les croisements et les virages”, il ne bougonnait pas. Il était sur la glace et il était heureux.»

On a demandé à Sébastien Lemay quelles étaient les faiblesses de Sacha, sachant que tous les intervenants sondés nous le vendent comme la septième merveille du monde. Il doit bien y avoir quelque chose.

S’il y a quelque chose qui cloche, ce n’est pas Lemay qui aura mis le doigt dessus. Il a pourtant bien pris le temps d’y réfléchir. 

«Honnêtement, je ne vois pas de lacunes dans son jeu, répond-il de façon sincère. Je dirais qu’il doit aller chercher un 15-20 livres pour jouer pro, mais… il passe ses journées dans le gym. Je ne suis pas inquiet.»


Crédit photo : Muskegon Lumberjacks

Fils d’un entraîneur de boxe

La discipline militaire de Boisvert dans le gymnase, elle lui a été inculquée par son père, Jimmy Boisvert. Oui, oui, l’ex-entraîneur du boxeur Simon Kean. 

«C’est vraiment lui qui m’a montré c’était quoi être un athlète, confie Sacha. J’ai commencé à m’entraîner tôt avec lui. Trois ou quatre ans avant les gens de mon âge, j’étais déjà dans un gym avec mon père. 

«Le développement, je crois beaucoup à ça. C’est une des raisons pour lesquelles j’ai emprunté la route américaine. J’ai jusqu’à 24 ans pour me développer et atteindre le prochain niveau. Je suis grand et maigre, je sais que j’ai beaucoup de poids à mettre sur mon corps. Je ne suis pas dans un “rush” pour me rendre à la Ligue nationale.»

Boisvert aimait beaucoup la boxe. Il affectionne encore cette discipline en fait. Mais vient un moment où un athlète fait des choix. 

«J’aimais vraiment ça. L’été, je vais encore au gym de mon père et je mets les gants. J’aime la technique et le côté compétitif. C’est dur mentalement et physiquement. Quand j’étais plus jeune, ma mère n’aimait pas ça que je me batte. Mon père aimait un peu plus ça. Je trouvais que le hockey était un plus beau sport au final et, surtout, mon père m’a dit que je pouvais me battre au hockey… que je pouvais faire les deux dans un sport!»

Il y a quelques matchs, Sacha a pu mettre à profit pour la première fois les enseignements de son père, dans la USHL.

«Mon coéquipier, un gars de plus petit gabarit, s’est fait plaquer dans le dos. On a pas eu l’appel de l’arbitre. Je suis un leader dans l’équipe et il a fallu que je me lève. 

«Ça s’est très bien passé.»

On a compris qu’il a gagné…

En vrac…

Des anciens étudiants de l’Académie Denis Francoeur qui connaissent du succès

Zachary Bolduc, choix de 1er tour des Blues de St. Louis (17e au total) en 2021 

Guillaume Richard, choix de 4e tour des Blue Jackets de Columbus (101e au total) en 2021 

Joaquim Lemay, choix de 4e tour des Capitals de Washington (119e au total) en 2021 

Jacob Guévin, défenseur non-repêché qui connait du succès dans la NCAA avec l’Université Omaha-Nebraska 

Le jeu des comparaisons

«J’aime ça regarder Anze Kopitar. Il est capable de tout faire sur la glace. C’est l’étiquette que je veux avoir. J’aime aussi Aleksander Barkov» – Sacha Boisvert

«Anze Kopitar est le premier nom qui me vient en tête. Il est grand et ses membres sont longs. Il est en mesure d’être le premier à se replier même s’il est le premier attaquant à appliquer de l’échec avant. Comme Kopitar, il est polyvalent et peut jouer plusieurs rôles» – Parker Burgess, entraîneur-chef de Boisvert dans la NCAA



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