Les crises au Proche-Orient et en Ukraine s’invitent inévitablement à la table de la réunion entre Justin Trudeau, Charles Michel et Ursula von der Leyen. Face à l’incertitude géopolitique, les alliés tenteront d’envoyer un signal d’unité et de miser sur de nouvelles alliances en matière de transition énergétique ainsi que de recherche et développement.

Jeudi soir, la réception d’ouverture du Sommet Canada-Union européenne a été retardée.

Une vingtaine de manifestants qui réclament un cessez-le-feu dans le conflit opposant Israël et le Hamas s’étaient réunis pour faire entendre leur position à quelques pas de la brasserie où étaient accueillis les leaders. Comme quoi, même à Saint-Jean de Terre-Neuve, il est difficile d’oublier les grandes crises internationales.

Une vingtaine de manifestants qui réclament un cessez-le-feu dans le conflit opposant Israël et le Hamas avec une banderole dans la nuit.

Une vingtaine de manifestants qui réclament un cessez-le-feu dans le conflit opposant Israël et le Hamas s’étaient réunis pour faire entendre leur position à quelques pas de la brasserie où étaient accueillis les leaders européens et canadiens.

Photo : Radio-Canada

Le Canada et l’Union européenne appuient depuis longtemps une solution à deux États dans le conflit au Proche-Orient. La rencontre pourrait être l’occasion pour les alliés de réitérer cette position conjointement dans la déclaration finale attendue à la fin du sommet.

Charles Michel, président du Conseil européen, affirme que les deux alliés sont engagés pour la paix. Nous sanctionnons ceux qui veulent porter atteinte à l’ordre international porté sur des règles. Et dans cette crise au Proche-Orient, on défend les principes du droit international, on défend le droit pour Israël de se défendre en lien avec le droit international, on soutient de l’aide humanitaire, on soutient une solution à deux États.

Cette semaine, le premier ministre avait déclaré qu’il y avait beaucoup de travail à faire encore pour en arriver à une paix durable dans la région.

L’issue d’un autre conflit, éclipsé par les événements récents au Proche-Orient, sera incontournable pour les leaders réunis à Terre-Neuve.

Un appui indéfectible à l’Ukraine

La rencontre de Terre-Neuve est l’occasion de réitérer un appui sans faille au gouvernement ukrainien qui se tient toujours debout, 21 mois après l’invasion russe.

Les deux hommes se donnent la main.

Le premier ministre Justin Trudeau, au centre, accueille le président du Conseil européen, Charles Michel, et la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, lors d’une réception à Saint-Jean de Terre-Neuve.

Photo : La Presse canadienne / Paul Daly

Justin Trudeau, Charles Michel et Ursula von der Leyen ont tout intérêt à maintenir la question ukrainienne à l’ordre du jour considérant que le soutien durable d’alliés comme les États-Unis semble incertain, pense Patrick Leblond, professeur à l’école supérieure d’affaires publiques et internationales de l’Université d’Ottawa.

Je pense qu’on va vouloir rappeler cet engagement […], donc envoyer un certain appui moral, même si ça va peut-être aussi être des engagements, disons, plus fermes au niveau financier ou militaire et d’une certaine manière peut-être mettre un peu de pression du côté des Américains.

L’accès à des sources d’énergie a pris une dimension géopolitique depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Cette guerre a incité les pays européens à porter leur regard sur le Canada comme nouvelle source d’approvisionnement.

Il y a actuellement un défi commun depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie, qui est de trouver des moyens d’assurer l’approvisionnement énergétique, surtout au sein de l’Union européenne, sans dépendre de pays comme la Russie.

L’Europe lorgne entre autres l’hydrogène et le gaz naturel canadiens, mais il y a aussi les minéraux critiques qui font partie de la transition énergétique. C’est clair que le Canada devient beaucoup plus important et intéressant à cet égard-là, croit Patrick Leblond.

L’an dernier, le Canada et l’Allemagne ont signé un accord sur le développement de l’hydrogène.

Le chancelier allemand s’était justement déplacé à Stephenville, à Terre-Neuve-et-Labrador, pour le signer, là où une entreprise de cette province prévoit construire une usine qui utilisera l’énergie éolienne pour produire de l’hydrogène à des fins d’exportation.

Renforcer les liens commerciaux et économiques

L’Union européenne représente le deuxième partenaire économique du Canada. Le commerce de biens et services entre les deux interlocuteurs a atteint 147 milliards de dollars en 2022. Plus que jamais, Justin Trudeau et ses homologues européens souhaitent collaborer en matière de partenariats économiques et commerciaux, de changements climatiques et de transition énergétique.

C’est une relation globale qui est très proche avec très peu d’irritants et à peu près aucun conflit ouvert, explique Frédéric Mérand, professeur et directeur du Département de science politique de l’Université de Montréal.

Selon lui, l’intérêt principal du Canada d’accroître ses relations avec l’Union européenne découle du fait qu’il a peu d’amis dans le monde, même s’il souhaite se rapprocher du Japon et de la Corée et même si ses relations commerciales et humaines avec les États-Unis sont très riches.

Le spectre d’une victoire de Donald Trump crée de l’incertitude. L’Union européenne demeure donc un allié unique avec qui le Canada peut par exemple promouvoir la démocratie, la transition énergétique et encadrer le pouvoir des GAFA, puisqu’à lui seul le Canada est trop petit pour intervenir sur ces enjeux.

Partenariat en recherche et développement

Les dirigeants annonceront l’adhésion du Canada à Horizon Europe, un programme de recherche et d’innovation dont le budget 2021-2027 s’élève à 100 milliards de dollars.

Des entreprises canadiennes pourront avoir accès à une partie de ces fonds, collaborer avec des chercheurs européens et ainsi développer des propriétés intellectuelles qui demeureront canadiennes.

Il sera aussi question d’un partenariat numérique, de l’adhésion de l’Union européenne au Défi mondial sur la tarification sur le carbone, d’une alliance verte et de la construction de bombardiers d’eau Canadair destinés à l’Europe.



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