La course à la chefferie libérale de l’Ontario aura été le coup d’électrochoc nécessaire pour relancer un parti sous respirateur artificiel depuis les élections désastreuses de 2018 et 2022. Peu importe qui mènera l’équipe rouge aux prochaines élections, le Parti libéral de l’Ontario (PLO) ressort déjà gagnant de cet exercice.

Après sept mois de campagne, les libéraux de l’Ontario choisissent leur nouveau chef cette fin de semaine.

S’affrontent la très populaire mairesse de Mississauga et ancienne députée fédérale, Bonnie Crombie, le député fédéral d’Ottawa-Centre et ancien procureur général de l’Ontario, Yasir Naqvi, le député fédéral plutôt franc-tireur de Beaches—East York à Toronto, Nathaniel Erskine-Smith et le député provincial de Kingston et les Îles, Ted Hsu. Le député provincial Adil Shamji s’est désisté après quelques semaines pour appuyer Mme Crombie.

Sept mois de campagne, ça veut dire sept mois d’événements quotidiens de la part des candidats. Sept mois pour mobiliser les partisans partout en province. Surtout, sept mois pour amasser près de 2,5 millions de dollars. À elle seule, la campagne de Bonnie Crombie a engrangé près de la moitié de cette somme.

Bonnie Crombie lance un regard complice à la caméra lors d'un débat à Brampton.

Bonnie Crombie est considérée comme la meneuse depuis son entrée dans la course.

Photo : Radio-Canada / Ken Townsend

Résultat : le compte en banque des libéraux n’est plus dans le rouge, après le remboursement de la dette contractée pendant les élections l’année dernière.

C’est un excellent signe de vitalité pour le parti libéral, affirme la politologue Geneviève Tellier. Ça leur donne justement les moyens de commencer à travailler pour la prochaine campagne électorale et ce qui joue en leur faveur, c’est le temps.

Le ou la nouvelle cheffe aura un peu moins de trois ans pour se constituer un trésor de guerre en vue du scrutin de 2026.

Encore faut-il que l’argent vienne des bonnes personnes. Les opposants de Mme Crombie l’ont attaquée à multiples reprises sur des dons qu’elle a reçus de promoteurs immobiliers. Le même genre de supporteurs que l’on retrouve au cœur du scandale de la ceinture de verdure, qui a éclaboussé le gouvernement Ford une bonne partie de l’été.

Comment pouvons-nous attendre de vous un résultat différent de celui de Doug Ford, qui a donné la ceinture de verdure à ses amis? lance Yasir Naqvi à sa collègue lors d’un débat en septembre.

Yasir Naqvi dans un bain de foule.

Yasir Naqvi espère être le premier chef libéral ontarien issu d’une minorité visible.

Photo : Radio-Canada / Rebecca Kwan

La clé du succès en financement électoral en Ontario, ce n’est pourtant pas seulement les gros dons, plafonnés à 3350 $, mais aussi les petits contributeurs, qui veulent bien lâcher tous les mois l’équivalent d’un abonnement mensuel à un service de diffusion en ligne.

Ce sont ces gens que nous devons retenir parmi nous, soutient la stratège libérale Ashley Csanady, associée à la campagne de M. Naqvi. Ils vont nous donner un petit don tous les mois, mais ils vont aussi répondre présents et nous aider pendant la prochaine élection.

En ce sens aussi, les libéraux sont gagnants : 103 206 membres peuvent voter à la chefferie samedi et dimanche. Même si seulement une fraction de ces gens se rendront réellement aux urnes, le nombre de cartes de membres vendues témoigne de la force organisationnelle du parti.

Les candidats se tiennent tous debout derrière des lutrins devant le regard des spectacteurs.

Le dernier débat a eu lieu à Brampton, en banlieue de Toronto, devant environ 150 personnes.

Photo : Radio-Canada / Ken Townsend

C’est vraiment là que le parti va pouvoir démontrer sa force, affirme le stratège libéral Pierre Cyr. Il y a des bénévoles, des structures dans chaque circonscription, avec des gens dans chaque région qui sont responsables de cette reconstruction.

Une course vivifiante dont s’est privé le Nouveau parti démocratique plus tôt cette année : la nouvelle chef Marit Stiles a été élue par acclamation.

Qui battra Doug Ford ?

Qui est en meilleure position pour défaire les progressistes-conservateurs? C’est la question autour de laquelle a tourné toute la campagne à la chefferie libérale.

Nathaniel Erskine-Smith croit que la réponse se trouve à la gauche de l’échiquier politique.

Nous allons encore livrer la victoire à Doug Ford si nous ne persuadons pas les électeurs plus à gauche dans cette province, fait-il valoir au micro de Radio-Canada.

Le député fédéral Nate Erskine-Smith s'entretient avec un journaliste lors de la retraite du Parti libéral fédéral en septembre 2022.

Nate Erskine-Smith veut rebâtir le Parti libéral provincial, qui peine à remonter la pente depuis sa défaite en 2018 par les progressistes-conservateurs de Doug Ford. (Photo d’archives)

Photo : La Presse canadienne / Darren Calabrese

Il fait bien figure seule sur ce plan. Le virage à gauche du PLO sous Kathleen Wynne, puis le chef Steven Del Duca, ont mené à des résultats catastrophiques en 2018 et 2022 : 7 et 8 sièges respectivement, même pas de quoi obtenir le statut de parti officiel.

D’entrée de jeu, la mairesse de Mississauga change de ton : elle se dit fiscalement responsable, mais progressiste sur le plan social.

La clé pour le parti libéral, c’est d’unifier les libéraux de toutes les sensibilités politiques, renchérit Ted Hsu dans la langue de Molière.

Mais au-delà des plateformes, il faut un(e) chef populaire et charismatique, qui peut rivaliser avec Doug Ford, toujours très populaire malgré les déboires de son gouvernement. 

Le principal intéressé semble d’ailleurs déjà avoir décidé qui sera son adversaire libéral : il attaque Mme Crombie sur son bilan de mairesse depuis des mois.

Doug Ford en point de presse.

Le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, répond aux questions des journalistes vendredi.

Photo : Radio-Canada

Lorsqu’on lui demande vendredi s’il a peur de Mme Crombie, qui s’attend à remporter la chefferie dès le premier tour selon un courriel interne de son équipe envoyé aux journalistes, le premier ministre répond avec un large sourire : 

Est-ce que c’est une blague?

« Bring it on! »

L’invitation est lancée. Au tour des libéraux d’y répondre.

Le nom du ou de la nouvelle chef sera annoncé le 2 décembre.



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