Gabriel Nadeau-Dubois était extrêmement ému quand il s’est adressé samedi matin aux délégués qui assistent au congrès de Québec solidaire à Gatineau en fin de semaine. Il a entre autres confié à ses membres avoir songé à quitter son poste de porte-parole masculin de Québec solidaire (QS), mais a ensuite expliqué pourquoi il se présente de nouveau.

J’ai été triste et je pense que je ne vous l’ai pas assez dit… J’ai voulu être fort, j’ai voulu être résilient, a affirmé d’emblée le co-porte-parole aux membres de la formation politique.

M. Nadeau-Dubois a ensuite confié aux délégués avoir douté – après l’élection de 2022 – s’il était encore la bonne personne pour porter la voix du parti.

En politique, on se fait toujours critiquer […] et, avec le temps, on se développe une couenne dure. Il y a aussi des critiques qui viennent de l’intérieur et c’est celles-là qui pénètrent dans l’armure, a-t-il expliqué.

J’ai une fille d’un an et demi, j’aime beaucoup le hockey […] et j’habite dans la Petite-Patrie. J’ai pensé dans la dernière année que ça pourrait être bien correct pour moi d’être juste ça.

Forcément, ça nous fait se poser des questions, a-t-il ajouté, la gorge nouée par l’émotion. Au cours des derniers mois, plusieurs de ces questions lui sont tombées dessus en même temps, a-t-il raconté.

Je me suis sérieusement demandé : est-ce que c’est la bonne chose pour mon parti, pour la gauche indépendantiste québécoise, que je reste en poste? Cette réflexion n’incluait pas d’éventuellement démissionner de son poste de député.

Après réflexion, il s’est trouvé toujours rempli d’espoir » et désireux de « continuer […] ce beau combat-là pour que QS soit la solution de rechange à la Coalition avenir Québec (CAQ).

Nous sommes les seuls, à QS, à reconnaître l’ensemble des crises auquel le Québec est confronté et à proposer les bonnes solutions.

Selon le plus récent sondage Pallas Data, QS ne récolterait que 16 % de la faveur populaire, loin derrière le Parti québécois (PQ) et la Coalition avenir Québec (CAQ), mais à égalité avec le Parti libéral du Québec (PLQ).

Par ailleurs, la sortie récente du livre de l’ex-députée solidaire Catherine Dorion, dans lequel elle critique le chef parlementaire de QS, Gabriel Nadeau-Dubois, a passablement secoué le parti.

Les membres devront décider s’ils réitèrent leur confiance à M. Nadeau-Dubois ou s’ils préfèrent laisser le poste vacant. Ces deux options apparaîtront sur leur bulletin de vote.

Ce que j’espère, c’est que les délégués lui donneront un mandat fort. Je pense qu’il le mérite.

En 2021, M. Nadeau-Dubois avait obtenu un score de 94 %.

Manon Massé et Amir Khadir à la défense de GND

À la suite du discours de Gabriel Nadeau-Dubois, Manon Massé a tenu à lui offrir son soutien en conférence de presse.

Quand tu es vulnérable, tu n’es pas faible, tu es juste authentique. On a travaillé ensemble pendant sept ans, et j’ai vu le cheminement du gars que j’ai vu tantôt sur la scène, et pour qui je suis vraiment fière, a déclaré celle qui a été co-porte-parole du parti politique pendant six ans.

C’est le type de leadership dont le Québec a besoin.

Amir Khadir, qui a été député de la circonscription de Mercier à l’Assemblée nationale du Québec de 2008 jusqu’en 2018, a également tenu à exprimer son admiration pour le co-porte-parole.

Il a été très sincère et honnête avec ses sentiments. Je vous rappelle qu’il vient à peine d’avoir un peu plus de 30 ans. Pour un jeune, passer à travers toutes ces épreuves, ce n’est pas évident. Mais il exerce un véritable leadership, qui, avec le temps, va s’améliorer, a répondu en entrevue celui qui a notamment recruté Ruba Ghazal pour qu’elle lui succède en 2018 dans sa circonscription.

Qui remplacera Manon Massé?

Samedi, les délégués ont aussi eu l’occasion d’entendre les trois candidates au poste de porte-parole féminine, Christine Labrie, Émilise Lessard-Therrien et Ruba Ghazal, dans leur dernier débat avant le vote qui élira la successeure de Manon Massé, qui tire sa révérence après six ans à ce poste.

Christine Labrie, Émilise Lessard-Therrien et Ruba Ghazal sont debout sur scène derrière des lutrins.

Christine Labrie, Émilise Lessard-Therrien et Ruba Ghazal en débat lors du congrès du parti à Gatineau.

Photo : La Presse canadienne / Spencer Colby

Respectueux, les échanges ont permis aux candidates de montrer leur personnalité ainsi que leurs visions du parti et de la province.

Christine Labrie a mis l’accent sur la nécessité, pour QS, de présenter des idées claires destinées à améliorer les conditions d’existence des gens. Elle a également affirmé être la mieux placée pour casser les stéréotypes qui collent toujours à la formation politique.

De son côté, Émilise Lessard-Therrien a dit vouloir faire de la politique comme les Cowboys Fringants font de la musique : en jouant au Centre Bell, mais en n’oubliant jamais les villages. Il est temps que Québec solidaire parle aussi de la bouche de ses régions…depuis les régions, a-t-elle déclaré.

Ruba Ghazal, qui se qualifie elle-même d’enfant de la loi 101, a quant à elle abordé le sujet de l’immigration et l’importance de construire des ponts entre les minorités et la majorité.

Les résultats du vote seront dévoilés dimanche.

Qui appuie qui?

Christine Labrie bénéficie de l’appui de quatre députés : Alexandre Leduc (Hochelaga-Maisonneuve), Haroun Bouazzi (Maurice-Richard), Étienne Grandmont (Taschereau) et Guillaume Cliche-Rivard (Saint-Henri–Sainte-Anne).

Ruba Ghazal est appuyée par les députés de Jean-Lesage et de Laurier-Dorion, Sol Zanetti et Andrés Fontecilla, alors que Émilise Lessard-Therrien a reçu l’appui du député de Rosemont, Vincent Marissal.

Gabriel Nadeau-Dubois, Manon Massé et la whip Alejandra Zaga Mendez ont affirmé qu’ils resteront neutres d’ici le vote.

Les membres du parti dans une salle.

Avec 12 députés, Québec solidaire forme actuellement le deuxième groupe d’opposition à l’Assemblée nationale.

Photo : La Presse canadienne / Spencer Colby

Propositions pour lutter contre l’inflation

Parmi les nombreuses propositions débattues, les délégués ont entre autres voté en faveur de propositions concernant le coût de la vie, notamment de :

  • plafonner les marges de profit des grandes chaînes d’alimentation;
  • créer un programme d’alimentation scolaire universel;
  • éliminer la TVQ sur les produits d’occasion et les services de réparation;
  • hausser le salaire minimum à 20 $ l’heure à compter de mai 2024.

Le congrès a aussi été l’occasion pour les membres de débattre d’idées, comme celle de permettre uniquement aux femmes ou aux personnes non binaires de se présenter lors de prochaines élections partielles, une mesure temporaire, le temps que le parti effectue une révision globale de ses statuts. L’objectif est d’accroître la diversité et d’atteindre la parité au sein du caucus, peut-on lire dans le cahier de propositions. Cette mesure a été adoptée.

Avec les informations de La Presse canadienne et d’Alexandre Duval



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