ANN ARBOR, Michigan | En 1897, aucun des grands circuits sportifs professionnels n’était encore fondé, mais déjà, une immense rivalité sportive voyait le jour. Cette guerre entre les programmes de football universitaire américain des Buckeyes d’Ohio State et des Wolverines du Michigan bat toujours son plein et l’un des chapitres les plus attendus s’écrira samedi, devant plus de 110 000 personnes. Bienvenue au cœur de ce duel sans fin et baptisé à juste titre «The Game».

• À lire aussi: Un Québécois qui veut faire sa marque au Michigan

• À lire aussi: Ma journée en plein cœur d’une immense tradition sportive américaine

• À lire aussi: Les Packers «casseux» de party!

Cette rivalité est au cœur du paysage sportif américain et Le Journal y assistera, à Ann Arbor, pour vous plonger à l’intérieur comme si vous y étiez, de l’ambiance du tailgate à l’atmosphère électrique qui enveloppera le Michigan Stadium, plus gros stade au pays et troisième plus gros au monde.



Ohio State c. Michigan: bienvenue dans la plus grande rivalité de l’histoire du sport


Le Michigan Stadium devrait être envahi de plus de 110 000 spectateurs pour le duel attendu entre Michigan et Ohio State.

Depuis ce premier affrontement en 1897, les deux équipes se rencontrent chaque année sans interruption depuis 1918, sauf en 2020 en raison de la COVID-19. Signe qu’il n’y a pas d’amour entre les deux équipes, la semaine précédant le match est appelée «Hate Week», ou semaine de la haine. C’est tout dire! 

En 2000, ESPN a d’ailleurs classé cette rivalité comme étant la plus importante, tous sports confondus, en Amérique du Nord.

«C’est “The Game”… Les gars le savent des deux côtés. C’est le match qui décide la suite de ta saison et qui cimente ta carrière», affirme l’un des rares Québécois à avoir pris part à la rivalité, dans les années 1990, l’ancien porteur de ballon Tshimanga Biakabutuka.

En plein scandale


Ohio State c. Michigan: bienvenue dans la plus grande rivalité de l’histoire du sport


Les partisans de Michigan continuent de soutenir l’entraîneur-chef Jim Harbaugh, plongé dans une controverse de vols de signaux.


AFP

Cette année, il y a une couche additionnelle de mépris mutuel dans l’air. Les Wolverines de l’Université du Michigan font l’objet d’une enquête en raison de l’élaboration d’un système illégal de vol de signaux adverses. 

L’entraîneur-chef Jim Harbaugh s’est vu retirer le droit de diriger les trois derniers matchs du calendrier régulier et selon lui, le monde s’acharne sur son programme après deux victoires de suite lors des dernières confrontations contre Ohio State. Il a même poussé l’audace jusqu’à proclamer que Michigan devrait être «l’équipe de l’Amérique». Faut le faire!

Les partisans des Buckeyes répliquent plutôt que le scandale discrédite leurs récents succès et qu’une défaite de Michigan prouverait que l’équipe n’est qu’une fraude. 

Le dédain est tel qu’à l’Ohio State University, un écriteau sur lequel on peut lire «Beat Michigan» (Battez Michigan) est visible 365 jours par année. Dans les jours menant au fameux match, toutes les lettres M sont rayées des affiches et des écrits sous toutes leurs formes à travers le campus.

Sur le campus de l’Université du Michigan, quelques jours avant le duel sans lendemain chaque année, des centaines de personnes marchent solennellement vers le cimetière de Forest Hill, où reposent en paix des légendes immortelles du programme. 



Ohio State c. Michigan: bienvenue dans la plus grande rivalité de l’histoire du sport


La statue de Bo Schembechler trône toujours près des installations de l’équipe, qui portent encore son nom.


AFP

 D’un côté comme de l’autre, on ne badine pas avec «The Game» et tout cet engouement fait en sorte que le prix moyen d’un billet pour assister au duel de samedi a grimpé à 1262$ (américains), selon TicketIQ.

«C’est une relation amour-haine parce que tu te dois de les respecter, mais quand tu as battu Ohio State, ça reste en dedans de toi toute ta vie. Même si l’équipe connaît une saison décevante, si tu les bas, ça compense pour le reste de l’année.

«Quand on se rencontre entre anciens joueurs, c’est toujours ça la question: “As-tu battu Ohio State?”. C’est une game que tous les joueurs des deux équipes ont en tête. C’est intense, il y a beaucoup d’histoire», explique Biakabutuka.

Forger la légende

Celui qui est aujourd’hui dans la restauration à Charlotte, où il a conclu sa carrière dans la NFL en 2001, sait de quoi il parle. Son match épique de 37 courses pour 313 verges au sol contre l’ennemi en 1995 l’a propulsé au rang d’immortel à Michigan. 

Ses Wolverines étaient négligés et l’avaient emporté 31-23 et à ce jour, personne n’est parvenu à accumuler autant de verges au sol contre Ohio State. Biakabutuka est par la suite devenu l’unique joueur québécois sélectionné au premier tour du repêchage de la NFL, par les Panthers.

«Il y a plein de gens qui vont aux matchs et qui n’étaient pas nés quand je jouais. Quand ils entendent mon nom, c’est sûr qu’ils savent. Si tu fais bien, ton nom va rester. Le mien va rester associé à l’histoire de ce programme», mentionne celui qui a encore été invité au début de la présente saison pour discuter avec Jim Harbaugh et ses joueurs.

Enjeu majeur


Ohio State c. Michigan: bienvenue dans la plus grande rivalité de l’histoire du sport


La rivalité entre Buckeyes et Wolverines donne souvent droit à des moments spectaculaires.


Getty Images via AFP

Comme si cette rivalité n’était pas déjà assez pimentée, il faut ajouter qu’il s’agira de la cinquième fois seulement que les deux opposants en viennent aux prises avec une fiche parfaite. C’était aussi le cas l’an passé, de même qu’en 1970, 1973 et 2006.

Les deux clubs dotés de dossiers de 11-0 se battent non seulement pour le championnat de la conférence Big-10, mais sont aussi dans le coup pour le championnat national, le 8 janvier prochain, à Houston.

Les Buckeyes sont actuellement classés deuxièmes au pays et les Wolverines sont troisièmes, ce qui en fera le 14e duel de l’histoire de la rivalité avec les deux rivaux installés dans le top 5. 

Dans le stade surnommé le «Big House», la tension s’annonce maximale, dans un contexte où le moindre faux pas risque de faire dérailler les espoirs. Une défaite dans un scénario où seulement quatre clubs sont invités en séries peut devenir fatale.

«Si tu es un gars très émotif, tu peux perdre le contrôle. Il faut savoir bien canaliser l’énergie. Le football est un sport d’émotions, mais d’émotions contrôlées», met en garde Biakabutuka.

Et maintenant, la grande question… Est-ce que Michigan, l’alma mater du Québécois, doit être perçu comme un tricheur, à la lumière du scandale qui a éclaboussé le programme dans les dernières semaines?

«Ça ne paraît pas bien, c’est certain… Personnellement, la façon que je vois ça, c’est que tu peux avoir une idée du jeu qui s’en vient à cause des signaux, mais maintenant, il faut les arrêter. Si Michigan bat Ohio State, ils ne pourront pas dire que c’est à cause des signaux parce qu’ils ont eu le temps d’apporter des changements», conclut-il.

Les partisans d’Ohio State qui s’immisceront dans le stade ennemi ne partageront certainement pas cet avis. Place à «The Game»!



Ohio State c. Michigan: bienvenue dans la plus grande rivalité de l’histoire du sport


Sur le campus de l’Université du Michigan, des marchands de chandails s’amusent aux dépens des rivaux d’Ohio State, mais rient aussi du scandale qui les touche en se disant fièrement voleurs de signaux (Sign Stealer).


Stephane Cadorette



Ohio State c. Michigan: bienvenue dans la plus grande rivalité de l’histoire du sport


Tous les moyens sont bons chez les partisans des Wolverines pour dénigrer l’ennemi d’Ohio State.


Stephane Cadorette

LA RIVALITÉ À SON MEILLEUR

En 2011, Grant Reed, âgé de 10 ans, a reçu un diagnostic de tumeur maligne au cerveau. Le jeune de Columbus, en Ohio, ainsi que ses parents, se sont fait connaître en refusant de parler de cancer. Ils ont plutôt rebaptisé sa maladie du nom de Michigan. Leur raison était simple et a fait un tabac dans les médias. «Parce qu’Ohio State bat toujours Michigan!» a lancé la famille, dans un humoristique pied de nez au cancer et au programme ennemi.

L’ex-entraîneur-chef d’Ohio State Woody Hayes est une légende à Columbus avec cinq championnats nationaux et une fiche de 12-6 contre Michigan, entre 1951 et 1968. Lors de cette dernière saison, ses Buckeyes ont détruit les Wolverines 50-14 et sur le dernier touché, il a poussé l’insulte jusqu’à tenter un converti de deux points. Après le match, des journalistes lui ont demandé pourquoi y aller pour deux points quand le match était largement dans la poche. «Parce que je n’avais pas le droit d’y aller pour 3», a répondu l’entraîneur.

L’ancien secondeur étoile Chris Spielman a brillé dans la NFL avec les Lions de Detroit. Auparavant, le natif de l’Ohio a eu à faire un choix entre les deux grands programmes rivaux, afin d’entamer sa carrière universitaire. Lorsqu’il a annoncé à son père son intention de s’en aller à l’Université du Michigan, les réjouissances ont été de courte durée. «Traître! Tu peux y aller, mais tu ne remets jamais de ta vie les pieds ici», a lancé le paternel à celui qui a finalement joué quatre ans à Ohio State.

En 2019, l’entraîneur-chef de Michigan, Jim Harbaugh, a échappé un cinquième match de suite contre Ohio State, au compte de 56-27. Après coup, un journaliste lui a demandé d’expliquer la marge entre les deux programmes. «Je répondrai à vos questions, pas à vos insultes», a répondu le pilote, qui s’est partiellement vengé depuis avec deux victoires.

En 1999, l’égalité persistait à 17-17 lorsque le quart-arrière de Michigan a pris les choses en main. Celui-ci a orchestré une poussée de 77 verges jusqu’à ce qu’il lance la passe de touché victorieuse avec cinq minutes à jouer. Le nom de ce quart-arrière? Un certain Tom Brady…

À ce jour, Michigan et Ohio State sont les deux programmes les plus victorieux de l’histoire de la NCAA. Michigan a revendiqué le week-end dernier la 1000e victoire de son histoire, tandis qu’Ohio State suit avec 964 victoires. Michigan compte 11 titres nationaux, dont le dernier remonte à 1997. Ohio State a gagné huit championnats nationaux, le plus récent étant en 2014.





Voir la source