DETROIT | Un long défilé de trois heures devant des dizaines de milliers de personnes au centre-ville, l’odeur invitante de la dinde chaude concoctée au beau milieu de l’avant-midi en plein tailgate et des partisans gorgés d’espoir que ce soit enfin leur année après des décennies de misère… Il n’y a rien comme la longue tradition du match des Lions au Thanksgiving, au cœur de Detroit.

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Sur place, Le Journal a vite constaté à quel point la coutume presque centenaire du match de l’Action de grâce américaine est chère au cœur des partisans des Lions.


Crédit photo : Stephane Cadorette

Après tout, cette habitude a débuté en 1934, quand le propriétaire de l’équipe à l’époque cherchait une façon de populariser son actif en mal d’amour après un déménagement encore tout frais. L’idée a perduré, si bien qu’aujourd’hui, la NFL, Detroit et le Thanksgiving sont indissociables.

Jeudi, la ville accueillait son 83e duel du Thanksgiving et les seules années où la tradition a été rompue ont été celles de la Seconde Guerre mondiale. La ligue offre un programme triple depuis plusieurs années en cette journée festive aux États-Unis, mais rien n’égale l’ampleur de la fête à Detroit.

De la dinde comme à la maison


Crédit photo : Stephane Cadorette

Quelques heures avant le botté d’envoi du match entre les ennemis jurés que sont les Lions et les Packers, les chars allégoriques et les fanfares donnent le ton sur la longue Woodward Avenue, artère principale du centre-ville.

Aux États-Unis, ce défilé du Thanksgiving est considéré comme le deuxième en importance, à sa 97e édition. Rien de tel pour réchauffer les partisans, qui se promènent allègrement entre la parade et les tailgates, dans les stationnements à proximité du Ford Field, qui sera rempli quelques heures plus tard de 66 000 partisans en bleu.

Soudainement, des effluves alléchants captent notre attention. On s’arrête et la famille Kocis s’apprête à s’attabler avec deux dindes, plat typique de cette fête. La première a été soigneusement préparée à la maison au cas où la deuxième, qui sort tout droit d’une friteuse, soit ratée. C’est finalement réussi et le festin s’annonce grandiose pour la tablée de 15 personnes.

«Les Lions gagnent cette année et six membres de la famille vont au match. Je voulais quand même qu’on fête Thanksgiving tous ensemble et on a décidé de préparer la dinde ici, au centre-ville de Detroit, pour célébrer nos Lions et notre famille. 

«Je suis habituée à une belle grande table et d’habitude je sors les beaux plats, l’argenterie et tout. Aussi bien tout amener ici! Il n’y a pas d’argenterie, on va manger avec des couverts en plastique, mais c’est encore plus cool comme ça», réfléchit Kay, la sympathique mère de famille. 


Crédit photo : Stephane Cadorette

Des temps difficiles

Son fils Dennis est l’un des bienheureux qui assistent au match. C’est un grand bonheur pour lui de se permettre enfin une paire de billets à 500$. 

Ce n’est jamais une bagatelle, surtout en sachant à quel point la ville de Detroit a été durement touchée économiquement il y a quelques années, au point de déclarer faillite en 2013 avec des dettes frôlant les 20 milliards $. Il s’agit à ce jour de la plus importante ville américaine à en être arrivée là.

«Je suis né et j’ai grandi ici. C’est la première fois qu’on peut réellement croire que les Lions peuvent aller loin cette année et je tenais à aller au match. Ce n’est pas facile de s’offrir des billets aussi chers, mais je suis heureux que cette tradition ait lieu à Detroit», mentionne-t-il.

Pendant la discussion, sa sœur distribue allègrement des verres de kool-aid bleu aux couleurs de l’équipe, une autre tradition de la place, «parce qu’il faut croire», précise-t-on.


Crédit photo : Stephane Cadorette

Le vent tourne

Justement, les temps semblent changer pour le mieux en ville, autant sur le plan de la relance économique que sur celui des Lions. 

Pour la première fois depuis 1962, l’équipe s’amenait au match du Thanksgiving avec une fiche de huit victoires et deux revers. Les Lions sont jeunes, spectaculaires et installés au sommet de la division Nord. 

Ils se dirigent vers une première participation aux séries depuis 2016. L’engouement dans les rues de Detroit est palpable et ajoute du lustre à la fête après des années de morosité. 

C’est le bonheur pour tous, y compris pour la famille McCraner, détentrice de quatre billets de saison depuis des lustres. Les McCraner ont d’ailleurs vécu l’un des rares moments d’euphorie autour des Lions, en savourant au défunt Silverdome le dernier triomphe de l’équipe en séries, en janvier 1992.


Crédit photo : Stephane Cadorette

«Nous sommes enfin excités à propos des joueurs et de notre entraîneur Dan Campbell. Il a le don de nous enflammer», lance Janice, la mère de famille.

L’espoir fait grand bien, puisque les Lions ont été misérables pendant de longues années, au point où certaines voix suggéraient dans les dernières saisons que la tradition du Thanksgiving gagnerait peut-être à s’exiler ailleurs.

Depuis le tournant du millénaire, les Lions montrent en effet un dossier de 5-17 lors de cette grande fête pas toujours drôle. 

«Ce match appartient à Detroit. C’est ici que la tradition a vraiment commencé et il n’y aurait jamais eu cette tradition du Thanksgiving si ce n’était pas des Lions de Detroit», tranche Bryan McCraner.

On l’aura bien compris, que les Lions gagnent ou perdent, le match du Thanksgiving fait partie de l’ADN des gens de Detroit.


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