La vague d’amour du peuple québécois envers Karl Tremblay, chanteur des Cowboys Fringants qui a succombé au cancer à 47 ans, s’est fait sentir au centre-ville de Montréal mardi. Quelque 15 000 fans ont célébré la vie et la carrière du grand gaillard, « un être foncièrement joyeux », a affirmé son fidèle partenaire Jean-François Pauzé après une longue ovation.

La cérémonie d’hommage national à Karl Tremblay au Centre Bell a débuté avec la présentation de vidéos d’archives montrant le groupe interprétant deux chansons, dont Un p’tit tour, les membres du groupe étant alors tous vêtus de chandails personnalisés des Canadiens de Montréal.

Après une performance d’un quintette à cordes de l’Orchestre symphonique de Montréal, le comédien et chanteur Émile Proulx-Cloutier a ensuite pris la parole, se présentant du même coup comme l’animateur de la soirée, pour parler de cet immense chanteur au grand sens du spectacle, qui savait planter les mots là où ça vibre, là ou ça fait du bien.

Ce gars-là vous a peut-être donné le goût d’aimer, de vivre. Ce soir, c’est le temps de laisser ces moments de vos vies remonter dans votre mémoire, ces moments de spectacles et dans vous écouteurs où vous avez laissé cette voix-là vous faire du bien, a-t-il déclaré.

Un être foncièrement joyeux, selon JF Pauzé

Quelques minutes plus tard, les trois collègues de Karl Tremblay – sa conjointe Marie-Annick Lépine, Jean-François Pauzé et Jérôme Dupras – sont montés sur scène pour livrer de vibrants témoignages, après une ovation de plusieurs minutes.

Ce soir, je n’ai pas envie de verser dans la mélancolie, a affirmé Jean-François Pauzé, fidèle complice de Karl Tremblay qui a écrit la plupart des chansons du groupe.

“Notre gros”, comme on l’appelait affectueusement à l’interne, c’était un être foncièrement joyeux qui aimait la vie. Il était presque toujours heureux, et quand il ne l’était pas, ça ne paraissait pas beaucoup.

Karl était un grand timide dans la vie, mais un leader charismatique une fois qu’il foulait les planches […] Il avait une puissance vocale incroyable. Il intériorisait chaque parole avec une telle justesse , a ajouté sa conjointe Marie-Annick Lépine, qui a rejoint le groupe à ses tout débuts après l’avoir vu dans un bar de Repentigny.

Marie-Annick Lépine essuie ses larmes.

Marie-Annick Lépine lors de la cérémonie d’hommage à Karl Tremblay

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

Si son statut de chanteur lui conférait une plus grande reconnaissance publique, jamais il n’aura pris une place autre que la sienne au sein du groupe. C’était un trooper, un gars généreux, a de son côté affirmé Jérôme Dupras, bassiste des Cowboys.

D’apres moi, ce n’est pas juste pour lui qu’il a décidé de faire tous ces derniers concerts dans les festivals, je pense qu’il l’a fait pour nous, pour que ses vieux camarades aient un dernier tour de piste.

Un homme qui a marqué le Québec, selon François Legault

Le premier ministre du Québec François Legault s’était adressé brièvement aux médias avant la cérémonie au Centre Bell, rappelant l’héritage indubitable de Karl Tremblay sur l’imaginaire artistique, et souvent bien plus personnel du peuple québécois.

C’est incroyable ce qu’on a vu au Québec depuis son décès, une vague d’amour, de tristesse. C’est comme si des millions de Québécois avaient perdu quelqu’un de leur famille proche , a expliqué le premier ministre sur le parvis du Centenaire, derrière le Centre Bell.

C’est choquant de mourir aussi jeune, il y a ça aussi qui a marqué les Québécois. Mes pensées sont avec Marie-Annick et leurs deux filles, a-t-il ajouté.

Plusieurs autres personnalités du monde politique ont d’ailleurs assisté à ce dernier hommage au chanteur des Cowboys, dont Valérie Plante, Pauline Marois, Jean-Francois Roberge, Marc Tanguay, Gabriel Nadeau-Dubois, Emilise Lessard-Therrien et Paul St-Pierre Plamondon, qui n’a d’ailleurs pas pesé ses mots dans son allocution jeudi à l’Assemblée nationale.

Karl Tremblay dénonçait les injustices sociales avec vigueur, il réclamait sans détour une planète viable pour les prochaines générations, il parlait de l’indépendance avec conviction, avec ses tripes. Ses opinions n’étaient pas marchandables, ses opinions n’étaient pas à vendre.

Des fans endeuillés, mais solidaires

Karl Tremblay était comme un grand oncle, il nous a bercés à travers notre jeunesse. Ma mère nous a fait découvrir sa musique dans la voiture, puis dans nos anciens Walkman avec les cassettes, affirmait une jeune femme qui attendait dans le froid avant d’entrer dans l’amphithéâtre, au micro de Nabi-Alexandre Chartier, journaliste à Radio-Canada.

[On veut le] remercier d’avoir été présent avec nous, même dans la dernière année avec la maladie. Il a toujours été là pour nous et il s’est craché le coeur sur scène. C’est la moindre des choses aujourd’hui de lui rendre ce dernier hommage.

Une autre fan rencontrée aux abords du Centre Bell avant la cérémonie abondait dans le même sens. Ça a accompagné toute mon adolescence. J’ai eu tellement de moments avec la musique des Cowboys, des moments de joie, mais aussi de peine, a-t-elle affirmé, la voix un peu chevrotante.

Je pense que [le fait d’être ici], ça va boucler la boucle et apporter du soutien à sa famille, lui montrer tout l’amour que les gens avaient pour lui. Et nous permettre de se soutenir entre fans aussi. J’ai des amies qui vont être ici ce soir et on est contentes de pouvoir vivre ça ensemble, de se recueillir une dernière fois.

L’Assemblée nationale lève son verre à Karl Tremblay

Mardi après-midi, le Parti québécois a déposé à l’Assemblée nationale une motion en hommage à Karl Tremblay.

Qu’elle souligne la grande affection des Québécoises et des Québécois de toutes les générations pour l’œuvre musicale de Karl Tremblay et des Cowboys Fringants ainsi que la place unique qu’elle occupe dans notre culture commune, précise le texte de la motion, adoptée à l’unanimité.

Drapeau du Québec en berne vu de l'extérieur de l'Assemblée nationale.

Le drapeau du Québec est en berne à l’Assemblée nationale, comme on le voit dans cette photo de sa présidente Nathalie Roy, publiée sur Twitter.

Photo : Page Twitter de Nathalie Roy

Je veux faire quelque chose, un geste que Karl faisait dans ses shows, – ne vous inquiétez pas, je ne veux pas chanter – mais j’aimerais que tous les fans et toutes les personnes qui sont ici lèvent leur verre au nom de Karl Tremblay, a lancé la députée de Québec solidaire, Ruba Ghazal, à ses collègues du Salon bleu. Mon cher Karl, elle va être bonne à soir, dans l’shack à Hector. 

Un registre de condoléances en ligne

Un homme verse une bière dans la bouche d'un autre homme en train de jouer de la guitare, sur scène.

Au-delà du chanteur et de la bête de scène, le public se souviendra aussi du caractère résolument festif de Karl Tremblay.

Photo : Page Facebook des Cowboys Fringants

Un registre de condoléances a également été ouvert sur le site web du gouvernement (Nouvelle fenêtre). Il restera en ligne jusqu’à mercredi soir, à 23 h 59.



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