Le Canadien a jeté les bases de sa reconstruction au cours des dernières saisons, si bien que le noyau dur de l’équipe prend forme avec Nick Suzuki, Cole Caufield, Kirby Dach et Kaiden Guhle comme chefs de file, à qui s’ajouteront quelques jeunes prometteurs de l’organisation. Mais une question demeure: qui sera le gardien partant de l’équipe lorsqu’elle visera, finalement, à faire un bout de chemin en séries? 

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La réponse simple à cette question, en ce moment, est que le Canadien n’a rien, dans son équipe ou même dans sa filière, permettant d’entrevoir une stabilité à la position de gardien de but quand le noyau de l’équipe arrivera à ses meilleures années. À son prime, en bon français.

Pour établir ce constat, nous avons calculé l’âge moyen du noyau de chacune des équipes championnes depuis 2010, soit des 14 dernières années. En moyenne, ce noyau avait entre 24 et 30 ans. 

  • 2010 (Chicago): Patrick Kane (20), Duncan Keith (26), Jonathan Toews (21), Patrick Sharp (27), Seabrook (24). Moyenne: 24 ans
  • 2011 (Boston): Milan Lucic (22), Patrice Bergeron (25), David Krejci (24), Zdeno Chara (33), Tim Thomas (36). Moyenne: 28 ans
  • 2012 (Los Angeles): Anze Kopitar (24), Drew Doughty (21), Jonathan Quick (26), Dustin Brown (26), Justin Williams (29). Moyenne: 25 ans
  • 2013 (Chicago): Patrick Kane (23), Duncan Keith (29), Jonathan Toews (24), Brent Seabrook (27), Patrick Sharp (30). Moyenne: 27 ans
  • 2014 (Los Angeles): Anze Kopitar (26), Drew Doughty (23), Jonathan Quick (28), Justin Williams (31), Dustin Brown (28). Moyenne: 27 ans
  • 2015 (Chicago): Jonathan Toews (26), Patrick Kane (25), Marian Hossa (35), Duncan Keith (31), Patrick Sharp (32). Moyenne: 30 ans
  • 2016 (Pittsburgh): Sidney Crosby (28), Kristopher Letang (28), Evgeni Malkin (29), Phil Kessel (27), Chris Kunitz (35). Moyenne: 29 ans
  • 2017 (Pittsburgh): Sidney Crosby (29), Kristopher Letang (29), Evgeni Malkin (30), Phil Kessel (28). Moyenne: 29 ans
  • 2018 (Washington): Alex Ovechkin (31), Evgeny Kuznetsov (25), Nicklas Backstrom (29), John Carlson (27), Braden Holtby (29). Moyenne: 28 ans
  • 2019 (St. Louis): Ryan O’Reilly (27), Vladimir Tarasenko (26), Brayden Schenn (27), Alex Pietrangelo (28). Moyenne: 27 ans
  • 2020 (Tampa Bay): Nikita Kucherov (26), Steven Stamkos (29), Brayden Point (23), Victor Hedman (28), Andrei Vasilevskiy (26). Moyenne: 26 ans
  • 2021 (Tampa Bay): Nikita Kucherov (27), Steven Stamkos (30), Brayden Point (24), Victor Hedman (29), Andrei Vasilevskiy (27). Moyenne: 27 ans
  • 2022 (Colorado): Mikko Rantanen (24), Nathan MacKinnon (26), Cale Makar (22), Gabriel Landeskog (28). Moyenne: 25 ans
  • 2023 (Vegas): Jack Eichel (25), Jonathan Marchessault (31), Alex Pietrangelo (32), Mark Stone (30). Moyenne: 28 ans

Pour le Canadien, à l’heure actuelle, la moyenne d’âge des quatre joueurs mentionnés plus haut (Suzuki, Caufield, Dach et Guhle) est de 23 ans.

On peut donc penser que le CH a une fenêtre d’encore environ sept ans pour espérer profiter des meilleures années de son noyau dans le but de lui donner une réelle chance pour la Coupe, soit jusqu’à la saison 2030-2031.





Photo fournie par les Eagles de Boston College

Des gardiens vieillissants

Revenons maintenant à notre question initiale: qui sera le gardien pour jouer derrière ce noyau?

Avec le grand club, Jake Allen a soufflé 33 bougies en août dernier et le déclin est entamé. En septembre, Le Journal révélait, avec l’aide de la firme spécialisée Sportlogiq, qu’une progression sur le plan de l’efficacité des gardiens de la LNH était notable jusqu’à ce qu’ils atteignent l’âge de 29 ans, après quoi le déclin débutait jusqu’à l’âge de 33 ans, âge à partir duquel plusieurs hommes masqués voyaient leurs services ne plus être retenus.

On peut donc rayer son nom de la colonne des solutions à moyen terme.

Ça nous amène ensuite à Samuel Montembeault, dont le contrat vient à échéance au terme de la présente campagne. À 27 ans, en se fiant aux statistiques précédemment expliquées, on peut s’attendre à ce que le gardien québécois soit en mesure d’offrir des services honnêtes au CH à tout le moins pour encore deux saisons. Pour encore six ou sept ans? Ce n’est pas impossible, mais il s’agirait d’un gros mandat, surtout qu’il n’est pas encore clair s’il est un véritable gardien numéro un dans la LNH.

Le cas de Cayden Primeau demeure quant à lui difficile à évaluer puisqu’à 24 ans, il n’a toujours pas été en mesure de s’implanter comme un gardien de la LNH, même comme réserviste. On ne dit pas qu’il ne le fera jamais, mais il faudra que les choses débloquent rapidement dans son cas.

La filière et l’âge de 25 ans

Dans le système, le Canadien compte sur six gardiens dignes de mention. Mais, quand seront-ils prêts à contribuer et, une fois leur potentiel atteint, auront-ils ce qu’il faut pour aider le Canadien à gagner?

Nous avons établi un profil global du temps de développement qu’ont pris la majorité des gardiens partants dans la LNH en ce moment. Pour ce faire, nous avons utilisé un échantillon de 27 gardiens actifs, la majorité des cerbères établis et partants, certains plus jeunes et quelques vétérans ayant fait leurs preuves.

En moyenne, ils sont arrivés dans la LNH – majoritairement comme auxiliaires – à l’âge de 22 ans, puis devenus des partants à 25 ans.

On passera rapidement sur Joe Vrbetic qui, à 21 ans, évolue toujours dans l’ECHL avec les Lions de Trois-Rivières.

Outre lui, Jakub Dobes est peut-être celui qui se rapproche le plus d’un poste dans la LNH, lui qui évolue déjà dans la Ligue américaine de hockey avec le Rocket de Laval. Toutefois, le Tchèque de 22 ans éprouve des difficultés à faire la transition vers le hockey professionnel après avoir connu deux excellentes saisons dans la NCAA avec l’université d’État de l’Ohio. Laissons-lui quand même du temps.





Jakub Dobes


Photo Agence QMI, Joël Lemay

Emmett Croteau, un choix de sixième tour de l’équipe en 2022, dispute sa première saison dans la NCAA, à l’Université Clarkson.

Le trio de 2023?

Mais les noms les plus intéressants sont encore jeunes. Lors du dernier repêchage, le CH a sélectionné trois gardiens: Jacob Fowler en troisième ronde, Quentin Miller au quatrième tour puis le mystérieux russe Yevgeni Volokhin lors du tour suivant. Se pourrait-il que le prochain gardien numéro un de l’organisation se trouve dans ce trio?

Chose certaine, les trois connaissent d’excellents moments. Fowler est le gardien partant des Eagles de Boston College dans la NCAA, où il connaît des débuts remarquables, tandis que Miller a accepté le rôle de partant avec les Remparts de Québec avec aplomb. Volokhin aussi fait bien en MHL, la ligue junior de Russie.





Quentin Miller


PHOTO DIDIER DEBUSSCHÈRE

Ces trois jeunes ont 18 ans. On vous rappelle qu’en moyenne, les gardiens deviennent partants à l’âge de 25. S’ils suivent cette tendance, on parle donc d’un poste de partant dans sept ans, soit en 2030-2031. On arriverait donc à la toute fin de la fenêtre d’opportunité du noyau de l’équipe.

Transaction ou joueurs autonomes?

Est-ce primordial d’avoir un gardien de premier plan pour gagner la Coupe Stanley? Non, mais ça aide.

Depuis 2006, neuf équipes championnes de la Coupe Stanley avaient un gardien vedette entre les poteaux: Anaheim (Jean-Sébastien Giguère), Detroit (Chris Osgood), Pittsburgh (Marc-André Fleury), Boston (Tim Thomas), Los Angeles (deux fois avec Jonathan Quick), Washington (Braden Holtby) et Tampa Bay (deux fois avec Andrei Vasilevskiy). Si vous êtes bon en mathématiques, vous aurez donc compris que la moitié des équipes championnes depuis 18 ans n’avaient pas une étoile devant le filet.





Tim Thomas fait partie des gardiens de premier plan ayant mené leur équipe à la Coupe Stanley depuis 2006.


Eric Bolte/Agence QMI

Le Canadien a amassé les munitions lors des dernières années et pourra se permettre de négocier pour un gardien le temps venu, direz-vous. C’est vrai, dans les faits, mais peut-être pas aussi simple dans la réalité. Les gardiens de premier plan sont très rarement rendus disponibles et ceux qui changent d’adresse le font majoritairement lorsqu’ils deviennent joueurs autonomes.

Dans les années récentes, Darcy Kuemper (5 ans, 5,25M$), Jack Campbell (5 ans, 5M$), Frederik Andersen (2 ans, 4,5M$), Philipp Grubauer (6 ans, 5,9M$), Linus Ullmark (4 ans, 5M$), Jakob Markstrom (6 ans, 6M$), Sergei Bobrovsky (7 ans, 10M$) ont notamment été embauchés par une nouvelle équipe via le marché des joueurs autonomes. Certains connaissant du succès, d’autres moins.

Alors, on vous repose la question: qui gardera le filet du CH quand il sera à nouveau prêt à prononcer le mot en «p»?

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