Pour peu que vous vous intéressiez encore aux propos de Donald Trump, vous avez remarqué qu’ils sont de plus en plus extrêmes. 

L’historien Michael Beschloss s’en inquiétait mardi sur le réseau NBC et mettait en garde ses concitoyens d’une manière brutale: «This is what authoritarians do. This is what fascists do.» Trump se comporte en meneur autoritaire, en fasciste.

Parmi les menaces de vengeances évoquées récemment par Trump, il y a ce désir de détourner le gouvernement pour punir ceux qui lui ont barré la route. 

La Cour suprême se penchera mercredi sur une affaire qui pourrait lui faciliter grandement la tâche. Il s’agirait d’un pas de plus vers la remise en question de la séparation des pouvoirs et de l’indépendance des agences gouvernementales.

  • Écoutez la chronique politique américaine avec le professeur Luc Laliberté via QUB radio :
Plus qu’un simple cas de fraude

C’est donc aujourd’hui que les neuf juges étudieront la cause Securities and Exchange Commission c. Jarkesy. 

Coincé pour de nombreuses infractions par la Securities and Exchange Commission (la Commission de Sécurité et d’Échanges ou SEC), l’organisme fédéral de réglementation et de contrôle des marchés financiers, George R. Jarkesy Jr. remet en question la constitutionnalité de tout le processus, incluant l’existence même de l’agence.

Fort d’un verdict favorable devant une cour fédérale, Jarkesy espère maintenant que le plus haut tribunal confirmera sa victoire. Il n’est plus question de ses manipulations malhonnêtes de dizaines de millions de dollars, mais plutôt de la légitimité de la SEC.

La SEC a été créée par une loi du congrès après le krach de 1929. On souhaitait alors faire respecter de nouvelles lois de manière à stabiliser le marché et protéger les investisseurs. On en profitait au passage pour définir le délit d’initié.

Pour obtenir gain de cause, notre homme met de l’avant une théorie que personne ne prenait au sérieux jusqu’à tout récemment. Des activistes de droite prétendent qu’en créant des agences comme la SEC, le congrès outrepasse ses droits. 

Ébranler les colonnes du temple

Pour ceux et celles qui croient encore que la démocratie américaine résisterait à un second mandat de la vedette de téléréalité, le jugement de cette affaire sera déterminant.

Si Jarkesy l’emporte, ce n’est pas que la SEC qui passerait à la trappe, mais bien toute une série d’agences indépendantes qui ont pour objectif de protéger les citoyens. Ajoutons à ces disparations le dur coup porté au pouvoir du congrès. Le président bénéficierait assurément de la situation.

Pour un meneur autoritaire, un jugement favorable de la Cour suprême constituerait la réalisation d’un fantasme, une politisation potentielle des agences et des pouvoirs réduits pour le législatif.

Déjà en juin 2022 je partageais mes inquiétudes pour la démocratie américaine dans un texte intitulé Ainsi meurent les démocraties. Un an plus tard, je n’en démords pas, la démocratie américaine traverse une période sombre, probablement la plus inquiétante depuis le début du 20e siècle.





Voir la source