Danny Maciocia raconte l’histoire comme s’il lisait un livre. La scène se passe au lendemain de la victoire des Alouettes au match de la Coupe Grey. Sur la route du retour de l’aéroport de Mirabel, Maciocia demande à brûle-pourpoint à son entraîneur Jason Maas: «On fait quoi maintenant?» En posant cette question, le directeur général des Alouettes pense déjà à 2024.

Il y a ce vieil adage sportif qui dit qu’il est plus difficile de rester au sommet que d’y arriver et Maciocia n’a jamais gagné deux championnats consécutifs.

Qui plus est, les Eskimos d’Edmonton qu’il a menés à la Coupe Grey en 2005 ont raté les séries éliminatoires l’année suivante.

Ce fut un dur moment à passer pour le Montréalais.

«L’organisation des Eskimos a été affectée par plusieurs changements cette année-là, raconte Maciocia en poursuivant sa lecture des événements.»

«Ça a touché le noyau des joueurs et la haute direction. Hugh Campbell [membre du Panthéon du football canadien dans la catégorie des joueurs] est tombé malade et il a été remplacé à la présidence par quelqu’un avec une vision différente et qui gérait les choses d’une autre façon aussi.»

«Ces changements ont produit des effets négatifs à tous les niveaux. Du côté des opérations football, on a pris des mauvaises décisions et on en a payé le prix.»

Cauchemar qu’il ne veut pas revivre

Les Eskimos ont terminé au quatrième rang de la division Est avec une fiche de sept victoires contre 11 défaites, eux qui avaient conservé un dossier de 11-7 la saison précédente.

Le réputé Ricky Ray était le quart attitré de la formation et son auxiliaire était un dénommé Jason Maas.

«C’est pourquoi j’ai posé cette question à Jason, reprend Maciocia en revenant au point de départ de l’histoire.»

«J’ai vécu [en 2005] un feeling que je ne veux jamais, mais jamais revivre. Pour cette raison, j’ai dit à Jason que l’on devra se pousser l’un et l’autre et que c’est le défi que l’on doit se donner à partir de maintenant.»

La poursuite du succès est la plus belle chose qui existe dans le monde du sport. 

Quand la victoire n’est plus au rendez-vous, l’entraîneur est le premier à écoper. Quand ça persiste, le directeur général finit par passer lui aussi à la trappe. C’est ce qui est arrivé à Maciocia à Edmonton.



Et maintenant, la continuité


Danny Maciocia a visé dans le mille en embauchant Jason Maas.


Photo d’archives, Pierre-Paul Poulin

Exercice d’humilité

Du jour au lendemain, il s’est retrouvé au chômage en 2010 et il a pris un pas de recul à son retour à Montréal. 

Tony Iadeluca, qui dirigeait le Phénix du collège André-Grasset, a sollicité son aide avec l’objectif de permettre à l’établissement de remporter un premier Bol d’Or en 52 ans d’histoire.

Chose dite, chose faite.

«Cette expérience m’a fait du bien, dit Maciocia.»

«Je ne voulais pas rester chez moi. Ce fut une thérapie pour moi.»

Et un exercice d’humilité peut-être?

«Je dirais que oui, répond Maciocia.»

«J’ai toujours pensé que c’est dans l’adversité qu’on apprend le plus. Les exemples sont nombreux. Je pense notamment à Alain Vigneault qui est retourné dans les rangs juniors après avoir dirigé le Canadien.»

«Rares [sont] les entraîneurs qui acceptent de faire un pas en arrière. J’ai travaillé fort pendant les neuf années que j’ai travaillé pour les Carabins. J’attendais qu’une occasion se présente avec les Alouettes, mais je n’aurais jamais pensé qu’il me faudrait patienter 19 ans pour revenir avec l’organisation.»

Prêt à tout pour Maas

Maciocia proclame que l’embauche de Jason Maas fut son meilleur coup de la saison. En entendant ça, j’ai une pensée pour Guy Carbonneau. 

Hein? vous dites-vous sans doute.

Rappelez-vous quand Bob Gainey avait dit la même chose de Carbo quand il était directeur général du Canadien. Deux mois plus tard, Gainey descendait du septième étage du Centre Bell pour remplacer Carbonneau derrière le banc.

Appelez ça un réflexe de journaliste.

Tout ça pour dire que le présent n’est pas garant de l’avenir. Mais quand Maciocia parle des expériences qu’il a vécues avec Maas chez les Eskimos d’Edmonton, on se dit que leur relation repose sur du solide.

Maas est le seul candidat de l’extérieur de l’organisation que Maciocia a interviewé pour le poste d’entraîneur-chef. Trois des quatre autres prétendants rencontrés par Maciocia sont demeurés au service de l’organisation, soit Anthony Calvillo, Byron Archambault et Noel Thorpe.

L’autre membre du quatuor, André Bolduc, a quitté l’équipe pour se joindre aux Roughriders de la Saskatchewan.

Maciocia a parlé de Maas à trois personnes, soit Ricky Ray, avec qui l’entraîneur-chef des Alouettes a joué avec les Eskimos; Henry Burris, que Mass a dirigé comme coordonnateur offensif avec le Rouge et Noir d’Ottawa; et Mike Riley, gagnant de deux coupes Grey comme entraîneur-chef des Blue Bombers en 1988 et 1990 et qui a été entraîneur-chef de Maas à l’Université de l’Oregon.

«Les trois m’ont dit que je ne gagnerais peut-être pas un concours de popularité si j’embauchais Jason, raconte Maciocia.»

«Mais ils ont ajouté de ne pas hésiter à le faire si l’occasion se présentait. Ils m’ont assuré que Jason livrerait la marchandise. J’étais prêt à jouer mon poste là-dessus.»

Maciocia a gagné son pari.





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