Ils ne sont plus que 1000 chrétiens à Gaza et leur nombre ne cesse de décliner.

Depuis le début de la guerre qui oppose Israël au Hamas, les chrétiens de Gaza ont été contraints de se réfugier dans les deux seules églises encore ouvertes dans la ville, dont la moitié des bâtiments ont été détruits en moins de deux mois.

Ainsi, près de 600 personnes sont abritées dans l’église catholique de la Sainte-Famille et 400 autres dans l’église grecque orthodoxe de Saint-Porphyre.

C’est dans cette église que 18 personnes qui y avaient trouvé refuge ont été tuées le 19 octobre dernier dans une frappe israélienne qui visait un bâtiment annexe appartenant au monastère, un des plus vieux au monde.

La guerre israélienne contre la bande de Gaza a commencé le 7 octobre à la suite d’une attaque meurtrière du Hamas en sol israélien qui a fait près de 1200 morts, pour la plupart des civils tués ce jour-là. Le mouvement islamiste palestinien a aussi enlevé et emmené à Gaza environ 240 personnes. Une soixantaine d’entre elles ont été relâchées depuis le 24 novembre.

En représailles, Israël a promis d’anéantir le Hamas dans la bande de Gaza en assiégeant et en bombardant ce territoire palestinien. Les autorités locales font état d’un bilan de 15 000 morts, dont plus de 6000 enfants et adolescents.

Des hommes et des femmes en pleurs sont rassemblés autour de corps enveloppés de linceuls blancs.

Des Palestiniens chrétiens pleurent la mort de proches tués par une frappe israélienne qui a touché un bâtiment annexe à l’église Saint-Porphyre, une des plus anciennes églises à Gaza, le 20 octobre 2023.

Photo : Reuters / STRINGER

Ibrahim Amache s’est réfugié dans l’église Saint-Porphyre avec une vingtaine de ses proches dès le début de la guerre. Pour cet ingénieur agricole de 46 ans, il n’y a jamais eu autant de destruction à Gaza.

La bande de Gaza, un territoire de 365 kilomètres carrés coincé entre Israël, l’Égypte et la Méditerranée et où vivent plus de deux millions de personnes, a pourtant connu six guerres depuis la victoire électorale et la prise de contrôle du Hamas, en 2006 et en 2007.

À la mi-octobre, des milliers de Palestiniens ont fui la ville de Gaza, espérant trouver refuge plus au sud, après un appel à l’évacuation lancé par l’armée israélienne. Cependant, M. Amache, tout comme des centaines d’autres chrétiens de Gaza, a décidé de rester dans sa ville malgré tout.

Il n’y a pas un endroit sûr dans toute la bande de Gaza, dit Ibrahim Amache dans un entretien téléphonique avec Radio-Canada. La situation n’est pas plus sécuritaire dans le sud.

Vue d'une messe dans une église peu éclairée.

Cett photo qui date du 7 janvier 2023 montre l’église grecque orthodoxe de Saint-Porphyre, à Gaza, une des plus anciennes églises du monde.

Photo : Associated Press / Adel Hana

C’est la guerre la plus difficile que j’ai eu à vivre. Je ne sais pas quoi dire, il y a des morts partout. J’ai perdu plusieurs membres de ma famille, des cousins et leurs enfants.

Sa voix est saccadée, les communications par téléphone et par Internet étant devenues difficiles depuis le début de la guerre.

Il explique que depuis l’entrée en vigueur de la trêve, vendredi dernier, on ressent une lueur d’espoir.

À l’intérieur de l’église Saint-Porphyre, les chrétiens qui y sont réfugiés passent toutes leurs journées ensemble. On vit en communauté, on cuisine ensemble, on mange ensemble… Mais il n’y a pas grand-chose d’autre qu’on peut faire, lâche-t-il, affirmant que l’église dispose encore de réserves de nourriture malgré le siège total imposé par Israël.

Des enfants portent de grands cierges allumés dans l'église Saint-Porphyre à Gaza, le 7 janvier 2023.

Des enfants prennent part à une cérémonie religieuse à l’occasion des fêtes de Noël dans l’église Saint-Porphyre à Gaza, le 7 janvier 2023.

Photo : Getty Images / AFP/MAHMUD HAMS

Les chrétiens, qui représentent moins de 0,05 % de la population gazaouie, sont pour la plupart issus de la communauté grecque orthodoxe. Ils célèbrent Noël le 7 janvier et non pas le 25 décembre en raison des différences entre les calendriers julien et grégorien.

Cette année, le cœur n’est pas du tout à la fête, assure M. Amache. Même si les bombardements cessent, nous n’allons pas célébrer, nous allons simplement prier.

Nous prions pour la fin de la guerre, pour la paix, pour que les gens puissent rentrer chez eux.

Nous, les chrétiens de Gaza, on veut juste la paix, dit-il encore.

« L’église est notre seul refuge »

Une femme, une main soutenant sa tête baissée, prie en compagnie d'autres personnes dans une église à Beit Hanania, le 17 octobre 2023.

Des Palestiniens chrétiens prient pour la paix au Moyen-Orient dans une église à Beit Hanania, un quartier de Jérusalem-Est, le 17 octobre 2023.

Photo : Getty Images / AFP/AHMAD GHARABLI

Wadih Salfiti, 43 ans, se trouve quant à lui dans l’église catholique de la Sainte-Famille avec ses parents, ses frères, leurs femmes et leurs enfants. Pour nous, l’église est notre seul refuge, dit cet employé du centre culturel orthodoxe de Gaza, dont la maison a été endommagée par les bombardements.

Joint par téléphone, il dit qu’il a été surpris par l’attaque meurtrière du Hamas le 7 octobre dernier mais qu’il ne s’attendait pas avoir une telle déferlante de violences, une telle destruction, de la part d’Israël.

Selon lui, en plus des dégâts causés par la guerre, les maisons abandonnées sont désormais devenues la proie des pilleurs, surtout depuis le début de la trêve.

Avec l’accalmie, on peut sortir de l’église durant le jour, mais tout le monde doit être de retour avant la fermeture des portes, à 16 h. Les portes sont barrées à clé par peur des vols. Il y a des pilleurs en ville en ce moment et on ne veut pas qu’ils viennent chez nous.

Les maisons qui n’ont pas été détruites par les bombes ont été complètement pillées. Il ne reste plus rien à l’intérieur, raconte-t-il à Radio-Canada.

M. Salfiti, qui a été blessé à la tête par les débris d’un bombardement israélien non loin de l’église Sainte-Famille, dit n’avoir qu’un seul souhait : sortir vivant de cette guerre.

Ce Noël, il n’y aura pas de fêtes, uniquement des prières pour notre survie.

Des fidèles dont certains sont debout dans une église.

Des fidèles chrétiens grecs orthodoxes célèbrent la Pâque dans l’église Saint-Porphyre, à Gaza, le 9 avril 2023.

Photo : Getty Images / AFP/MAHMUD HAMS

Il envisage désormais de quitter la bande de Gaza pour émigrer dans un autre pays en vue d’un avenir meilleur. Sans emploi, je ne peux pas rester à Gaza, dit-il, affirmant que le centre culturel où il travaillait avant la guerre a été complètement détruit.

Un exode des chrétiens redouté

À environ 9000 kilomètres de là, à Montréal, Nada Dabbagh vit dans l’angoisse, agrippée à son téléphone, seul moyen de communiquer avec les 50 membres de sa famille réfugiés dans l’église grecque orthodoxe de Saint-Porphyre.

Parmi eux se trouve son oncle paternel âgé de 75 ans, dont la maison à Gaza a été entièrement démolie. Maintenant qu’il sent qu’il a tout perdu, il pense lui aussi à partir, dit-elle.

C’est le seul de sa fratrie qui n’a jamais voulu quitter Gaza, explique à Radio-Canada cette femme de 42 ans, précisant que son oncle a un visa de résident permanent au Canada mais qu’il a refusé de partir jusqu’à maintenant parce qu’il ne veut pas abandonner son fils et sa famille qui, eux, n’ont pas de visa.

Cette image montre les dégâts dans une chapelle à l'intérieur de l'hôpital Al-Ahli, à Gaza, touché par des frappes de l'armée israélienne, le 18 octobre 2023.

Cette image montre les dégâts dans une chapelle à l’intérieur de l’hôpital Al-Ahli, à Gaza, touché par des frappes de l’armée israélienne, le 18 octobre 2023.

Photo : Getty Images / AFP/DAWOOD NEMER

On essaie de les faire venir au Canada par tous les moyens possibles, mais c’est assez dur, dit-elle, appelant le gouvernement de Justin Trudeau à mettre en œuvre un programme pour faciliter l’arrivée au pays de réfugiés palestiniens qui souhaitent fuir la guerre.

En 20 ans, le nombre de chrétiens dans la bande de Gaza, contrôlée par le Hamas et assiégée par Israël, a baissé de près de 80 %, selon différentes estimations.

L’exode des chrétiens de Gaza, c’est ce que craint le plus l’archevêque grec-orthodoxe de Jérusalem, Atallah Hanna.

Contacté par téléphone, il explique que les chrétiens de Gaza souffrent des mêmes problèmes que leurs compatriotes musulmans. Il n’y a pas de différence entre chrétiens et musulmans ici, nous sommes tous des Palestiniens et nos racines sont ancrées dans cette terre depuis des siècles, dit-il à Radio-Canada.

Selon lui, le déclin de la population chrétienne s’explique non seulement par la succession des guerres israéliennes contre la bande de Gaza mais aussi par la situation économique désespérée et par plus de 15 ans de blocus israélien.

Un homme religieux chrétien qui porte une longue barbe grisâtre gesticule d'une main en tenant un micro de l'autre.

Cette photo qui date de mai 2021 montre l’archevêque gre-orthodoxe de Jérusalem Atallah Hanna, lors d’une manifestation de soutien à la bande de Gaza.

Photo : Getty Images / AFP/HAZEM BADER

Les chrétiens font partie intégrante de la Palestine. Nous sommes peut-être peu en nombre, mais nous ne sommes pas minoritaires et nous refusons d’être traités comme une minorité sur notre propre terre.

En Palestine, chrétiens et musulmans vivent ensemble en harmonie depuis des siècles, assure-t-il. Nous rejetons le racisme et ceux qui exploitent la religion à des fins politiques, qu’ils soient chrétiens, musulmans ou juifs.

À l’approche de Noël, il invite les Églises du monde entier à prier pour la Palestine […], le berceau du christianisme.

Sans justice ni liberté, il ne peut y avoir de paix dans la région […], et toute personne qui a une conscience morale ne doit pas rester silencieuse face aux violations des droits de la personne commises dans la bande de Gaza, ajoute-t-il, dénonçant les bombardements israéliens qui ont visé des hôpitaux, des écoles et des lieux de culte.

Il exhorte enfin le gouvernement canadien à jouer un rôle plus actif pour mettre fin à cette guerre.

C’est notre souhait le plus cher parce que ce sont les civils et les enfants qui en paient le prix. C’est tragique, c’est douloureux et c’est très triste.



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