Même si les avertissements se multiplient, la pression demeure forte sur les épaules des profs afin qu’ils utilisent le numérique, en particulier dans les écoles privées qui ont été les premières à faire entrer les écrans en classe il y a déjà une dizaine d’années. 

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«On a de la pression pour utiliser ces technologies-là parce que tout le monde pense qu’utiliser un ordinateur, ça fait mieux apprendre. Mais ce n’est pas toujours vrai», affirme Léandre Lapointe, qui représente des enseignants d’écoles privées au sein de la Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec (FNEEQ–CSN), où il est aussi vice-président.

Dans le réseau privé, l’utilisation du numérique représente encore un argument de vente auprès des parents, qui paient pour la tablette ou l’ordinateur utilisé à l’école, souligne M. Lapointe. 

«Une fois que le parent a payé, il faut le justifier. Si le portable a été ouvert juste une heure dans la journée, le parent va se demander pourquoi il a payé pour ça», affirme celui qui prône une «saine utilisation».

«Il faut tempérer le temps d’écran et utiliser les appareils quand c’est efficace et que ça nous aide. Mais parfois, le papier-crayon fait mieux la job», ajoute-t-il, même si ce mot d’ordre va «à contre-courant» du discours véhiculé dans certains établissements.

«Retour du balancier»

De son côté, la Fédération des établissements d’enseignement privés se dit aussi préoccupée par la «juste place» du numérique en éducation, qui a été ciblé comme étant l’un des enjeux à surveiller en éducation en 2024. 

«Il est désormais crucial d’opérer un retour du balancier pour garantir un environnement scolaire équilibré», peut-on lire dans un de ses documents.

Certaines écoles ont toutefois adopté une approche plus équilibrée dès le départ. Au Collège François-de-Laval, à Québec, les cahiers d’exercices sont utilisés à la fois en version numérique et papier, raconte l’enseignant d’histoire Louis Beauchamp. 

«On a pris le virage numérique, mais le papier est encore présent», dit-il.



Mêmes enjeux au public

Les écoles publiques doivent par ailleurs faire face aux mêmes défis, puisque les appareils numériques ont fait leur apparition dans de nombreuses classes depuis la pandémie.

Plusieurs centres de services scolaires, dont deux à Québec, ont acheté récemment des ordinateurs portables pour tous leurs élèves du secondaire, qu’ils utilisent au quotidien.

Des parents sont toutefois préoccupés par l’impact de ce virage sur la qualité des apprentissages, surtout lorsque leurs ados leur racontent à quel point il est désormais facile de gamer et de regarder des vidéos TikTok en classe.

«Il peut y avoir une valeur pédagogique, mais comme parent, disons que je n’en vois pas beaucoup. Ça demande tellement de surveillance et de suivi serré de la part des professeurs que souvent, les désavantages l’emportent», constate Jonathan Savard, dont les deux adolescents utilisent un ordinateur portable en classe.

Il serait «plus que temps» d’évaluer les impacts des écrans sur les apprentissages, ajoute M. Savard, qui a plutôt l’impression que ce virage relève davantage du «marketing» que de la pédagogie.


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