Le Parti libéral du Québec (PLQ) réclame une enquête immédiate de la CNESST dans la foulée d’une étude dans laquelle 70 travailleurs témoignent des piètres conditions de travail dans les entrepôts montréalais de Dollarama et d’Amazon, comme rapporté dans un article du Journal ce matin.

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«La pénurie de main-d’œuvre et la montée rapide du coût de la vie créent un terroir fertile pour une précarisation des conditions de travail des Québécois et particulièrement des personnes immigrantes et des travailleurs étrangers, une clientèle vulnérable», a expliqué le député libéral de Nelligan, Monsef Derraji par voie de communiqué samedi. 

«Cette précarisation nous inquiète au plus haut point et nous demandons au gouvernement d’agir immédiatement, notamment en déclenchant une enquête de la CNESST», ajoute celui qui est également porte-parole de l’opposition officielle en matière d’immigration, de francisation et d’intégration.

Les témoignages recueillis dans cette étude menée par le Groupe interuniversitaire et interdisciplinaire de recherche sur l’emploi, la pauvreté et la protection sociale (GIREPS), le Centre des travailleurs immigrants (CTI) et l’Association des travailleurs et travailleuses d’agence de placement (ATTAP) mettaient en lumière le fait que ces entreprises profitent de la vulnérabilité d’immigrants récents pour maximiser leurs profits.

«Main-d’œuvre jetable»

«Les entrepôts de Dollarama, les gens les décrivent comme poussiéreux, mal éclairés, sans assez d’espace pour circuler», expliquait plus tôt au Journal Martine D’Amours, sociologue et professeure associée en relations industrielles à l’Université Laval qui a également dirigé l’étude. 

«À côté de ça, le modèle Amazon a l’air wow! C’est bien éclairé, les espaces sont plus grands, mais ce qu’on nous décrit, ce sont les longs quarts de travail [10 heures par jour] et, surtout, les quotas de productivité qui sont littéralement inhumains. On presse le citron et je vous dirais même qu’on essaie de choisir les citrons dans lesquels il y a le plus de jus», a-t-elle ajouté. 

Une forte proportion des travailleurs d’entrepôt des deux entreprises sont d’ailleurs nés à l’extérieur du Canada: c’est le cas de 100% des répondants de l’étude chez Dollarama et de 85% d’entre eux chez Amazon. 

«Comme société, on ne peut pas tolérer que des travailleurs aient de telles conditions de travail. Avec la hausse du coût de la vie, et le statut précaire de certains travailleurs étrangers qui ne connaissent pas leurs droits en matière de conditions de travail», a réagi la porte-parole de l’opposition officielle en matière de travail, Madwa-Nika Cadet.

Pas d’avantages sociaux

Les travailleurs provenant d’agences ne bénéficient pas d’avantages sociaux. L’une des personnes interviewées par les auteurs de l’étude n’était pas au courant de son droit d’avoir des congés payés. Une autre a raconté qu’elle devait parfois partir avant la fin de son quart de travail, la privant de revenus.

Le salaire horaire médian des répondants était de 20$ chez Dollarama et de 19$ chez Amazon, ce qui figure dans la moyenne de l’industrie. Dans des entrepôts syndiqués, comme ceux de Metro, de Loblaws et de Sysco, les salaires peuvent toutefois atteindre 30$ l’heure.

La majorité des répondants ont dit craindre de se blesser en raison notamment de la cadence de travail élevée. Or, les entrepôts de Dollarama et d’Amazon font l’objet de moins de plaintes à la CNESST que d’autres lieux de travail semblables, mais syndiqués.

Pour expliquer cette situation étonnante, les chercheurs évoquent la vulnérabilité des travailleurs présents chez Dollarama et Amazon, qui découragerait la déclaration des blessures. Chez Amazon, le problème serait accentué par le système interne de soins, AmCare.

– Avec la collaboration de Sylvain Larocque

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