Les adeptes de sapins naturels doivent débourser cinq dollars de plus en moyenne pour un arbre cette année. Une hausse qui pourrait devenir récurrente dans les prochaines années en raison des changements climatiques.

• À lire aussi: Vous avez un rhume pendant les Fêtes? Vos décorations sont peut-être en cause 

Les producteurs québécois ont besoin d’une période entre huit et dix ans pour la culture d’un arbre de Noël jusqu’à sa maturité. Cependant, depuis quelques années, ils doivent composer avec des conditions météorologiques extrêmes qui compliquent leurs cycles de plantation. 

«On a beaucoup de problèmes en lien avec les changements climatiques, indique Charles Vaillancourt, propriétaire de la compagnie Les Produits Valfei. Nous avons beaucoup de pertes en raison des grosses sécheresses et des périodes de grosses précipitations. On a aussi eu des gels printaniers.

«Ça va faire monter les prix dans les prochaines années.»





Charles Vaillancourt est producteur de sapins, mais aussi président de l’Association des producteurs d’arbres de Noël du Québec (APANQ).


gracieuseté

Celui qui est aussi président de l’Association des producteurs d’arbres de Noël du Québec (APANQ) a essuyé des pertes de production dont les conséquences seront perceptibles à long terme. 

«Nos arbres à maturité ont été épargnés, mais nous avons perdu 10% de nos plantations moins matures en raison des précipitations», ajoute Vaillancourt dont la compagnie produit 200 000 arbres par année.

Les effets néfastes des changements climatiques s’ajoutent à la hausse des coûts du transport, des taxes, des salaires de la main-d’œuvre et des réparations de la machinerie lourde. 

«Ça l’a un impact sur notre prix aux grossistes et par le fait même, aux consommateurs, précise Vaillancourt. Par exemple, les pièces de rechange pour notre machinerie sont rendues hors de prix.»

Pour toutes ces raisons, il a vendu ses arbres avec une hausse de trois dollars cette année. Le même scénario risque de se répéter en 2024.  

Une demande encore forte

Nous nous sommes rendus à quelques points de vente dans la région de Montréal. Les détaillants affirment que les clients sont encore au rendez-vous malgré la légère augmentation sur chaque sapin. 

Ils ne devraient pas avoir de difficultés à écouler leurs arbres d’ici le 23 décembre. Les prix de vente se situent entre 50$ et 200$ selon la sorte, la hauteur et la qualité des arbres.

«La hausse dérange un peu les gens, mais ça ne les empêche pas d’acheter un arbre, mentionne Louis Gagné, vendeur au marché 440. Ce n’est pas la seule chose qui coûte plus cher de nos jours.»

Pour Luigi Bono, copropriétaire de Sapins chez Michel au marché Jean-Talon, la hausse est constante depuis la pandémie. 

«L’économie ne va pas super bien et les salaires ne suivent pas l’inflation et le coût de la vie, explique-t-il. Le pouvoir d’achat est de plus en plus en danger. On ne veut pas étrangler le consommateur.» 





Luigi Bono est copropriétaire de Sapins chez Michel au marché Jean-Talon.


Mathieu Boulay – Journal de Montréal

Un marché long à corriger

Pour un producteur de sapins, les pertes subies dans les champs en 2023 n’auront pas un impact significatif avant 2030. 

«Ce sont de longs cycles, précise Hugo Cleary, producteur en Estrie. Quand c’est payant, tout le monde se met à planter, il y a trop de sapins sur le marché. 

«Tout le monde arrête de planter, mais dix ans plus tard, il manque de sapins. Ça devient payant alors tout le monde se remet à planter. C’est un marché qui est très long à corriger.»

Nous voyons actuellement les conséquences des années qui ont été très difficiles pour l’industrie. 

«Entre 2008 et 2012, on a perdu 50% de nos producteurs au Québec. Ce sont des années où le sapin ne valait presque plus rien, souligne le propriétaire d’Entreprise Cleary. Depuis 2020, il manque de sapins sur le marché.»

Les changements climatiques vont faire de plus en plus mal aux producteurs. Si ces derniers subissent davantage de pertes, ils auront moins d’arbres à envoyer sur le marché. Bien sûr, les prix pourraient grimper et la facture pour les consommateurs sera plus salée.  

Vous avez des informations à nous communiquer à propos de cette histoire?

Écrivez-nous à l’adresse ou appelez-nous directement au 1 800-63SCOOP.

Voir la source