Une jeune maman déplore avoir été démesurément angoissée durant sa grossesse par sa médecin de famille qui lui parlait constamment de son surpoids et «sautait de joie» quand la balance montrait un chiffre stable. 

«J’étais plus stressée d’aller à mes suivis que d’accoucher. J’avais juste hâte d’arrêter d’aller voir les médecins. […] J’y allais à reculons», avoue Annie-Claude Lamarche, 29 ans.

«On ne me parlait jamais de mon bébé dans mes suivis, on me parlait juste de mon poids!» ajoute la résidente de Cowansville, en Estrie.

Bien que l’annonce d’une première grossesse ait été une grande joie pour la future mère en 2021, le stress et l’angoisse ont pris le dessus dès le premier suivi avec sa médecin de famille.

Même si la femme n’avait jamais eu de problème de santé, son poids (environ 270 livres) a allumé plusieurs drapeaux rouges.

«Je pleurais»

«Elle [la docteure] m’a fait la liste de tout ce que j’allais vivre. Ce n’était pas au conditionnel, c’était au futur, se rappelle l’enseignante au secondaire. Et ce n’était pas fait avec des gants blancs du tout. […] Je pleurais, je me disais que j’avais fait un mauvais choix de vie.»

Liste des problèmes annoncés à sa grossesse:

  • Diabète
  • Hypertension
  • Risque d’embolie
  • Accouchement prématuré
  • Gros bébé qui aurait sans doute les épaules disloquées à la naissance

«J’ai trouvé ça insultant. Elle ne m’avait même pas demandé mes habitudes de vie, si je mangeais bien ou si je bougeais. Elle m’a juste référée à une nutritionniste et m’a dit que c’était important de bouger. Mais j’étais active!» jure celle qui faisait du yoga, de la natation et de la marche.

«C’est méprisant d’assumer que je ne sais pas comment m’alimenter.»

  • Écoutez l’entrevue avec Jessica Brodeur, jeune femme victime de grossophobie médicale, via QUB radio :

Affectée par d’intenses maux de cœur, Mme Lamarche dit avoir vomi «tous les jours» jusqu’à l’accouchement. Puisqu’elle mangeait moins, son poids s’est maintenu durant la grossesse.

«Elle sautait de joie»

«Elle [la docteure] sautait de joie quand je ne prenais pas de poids. Mais je n’avais pas déjeuné de la semaine», nuance la jeune mère, encore troublée.

Mme Lamarche a dû passer deux fois le dépistage de diabète de grossesse (négatif les deux fois), même si le premier résultat était normal.

Elle a aussi été inquiétée par sa médecin de devoir aller accoucher à une heure de chez elle, à Sherbrooke, si jamais elle dépassait un certain poids.

Provoquée à quelques jours de sa date prévue en mars 2022, Mme Lamarche a finalement eu un bel accouchement. Au total, elle a pris 12 livres durant sa grossesse (dont 7,5 livres du bébé).

Puisque son omnipraticienne a pris sa retraite, la patiente n’a pas cru bon de porter plainte au Collège des médecins du Québec. Désormais orpheline de médecin, Mme Lamarche trouve «aberrant» qu’on lui ait causé autant d’angoisse durant sa grossesse pour ensuite la laisser tomber.

«Pourquoi me stresser de même, si après il n’y a plus de suivi?» demande-t-elle.





Annie-Claude Lamarche déplore le stress et l’angoisse que son médecin lui a causé durant sa grossesse en 2021, et se questionne même sur l’idée d’avoir un autre enfant en raison de son mauvais traitement à Cowansville le vendredi 10 novembre 2023. PHOTO Karine Goyette


Photo Karine Goyette

Songeant à avoir un autre enfant, la jeune mère avoue que sa mauvaise expérience la fait hésiter.

«J’ai confiance aux médecins, j’ai fait tout ce qu’ils m’ont demandé, mais ça a joué dans ma tête tous ces commentaires-là. On dirait que je me sens incapable, j’ai l’impression que je fais juste des mauvais choix, avoue-t-elle. J’espère que je serai capable de mettre ma limite.»





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