Les profs en ont ras-le-bol.  

Ras-le-bol des classes ingérables, des huit hyperactifs aux côtés de deux autistes et de l’adorable dyslexique anxieuse. Ils en ont ras-le-bol de la paperasse pour des services spécialisés qui n’arriveront jamais, ras-le-bol de la chaise musicale de la précarité.

On les comprend.

C’est bien beau les étés de congé et les 2 semaines à Noël, mais quand le quotidien est une accumulation d’amertumes, l’idéal de l’enseignement est vite sacrifié au profit d’un meilleur salaire et la paix d’esprit ailleurs. 

Il en est ainsi. 

L’enseignement n’est plus une vocation. C’est une carrière grâce à laquelle les professeurs veulent s’accomplir, avoir les moyens de réussir et, surtout, ne pas être prisonniers d’un carcan digne des années 70.

Finalement, ils sont comme nous.

Le problème, c’est que la grève ne réglera pas le problème, une nouvelle convention collective non plus. 

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Autre époque

Il faut du courage pour conquérir le charabia technocratique des conventions collectives de l’enseignement.

À elle seule la convention nationale fait 436 pages. Des dizaines de milliers de mots pour consacrer le droit de gérance des commissions scolaire et protéger les acquis des syndicats.

Et ce n’est que la pointe de l’iceberg.

Car le vrai nerf de la guerre est dans les conventions collectives locales, celles qui sont signées avec chacun des 72 Centres de services scolaires!

Et toutes ces conventions collectives ont une chose en commun. Elles sont écrites pour gérer les «excédents d’effectifs.» 

Certaines datent même de 1996!

Comprenez ici que, même en pleine pénurie d’enseignants, toute la gestion du système scolaire est articulée autour d’une réalité vieille de 30 ans où il y avait trop d’enseignants et pas assez de job.





Photo Agence QMI, JOEL LEMAY

Rétention

Le cœur du litige est toujours à la page 20 du document de plus ou moins 145 pages. Mais la logique demeure la même, le culte de l’ancienneté, les miettes pour les autres.

Or, tous les acteurs de l’enseignement s’acharnent à le répéter, cette logique ne tient plus. Le rabibochage d’affectations use à la corde et nourrit l’abandon du réseau par trop de jeunes enseignants.

C’est sans compter le mythe de l’inclusion selon lequel il s’agit de donner un «plan d’intervention» pour qu’un élève en difficulté réussisse dans une classe ordinaire.

Et encore, le plan pour l’Adaptation scolaire au Québec n’a pas été revu depuis 1999!

Même avec une entente, au mieux les enseignants gagneront un salaire plus raisonnable, moins de paperasse et la promesse d’un chantier sur la composition des classes.

Mais dans les faits, cette ronde de négociation ne réglera pas les problèmes structurels qui gangrènent le réseau. Ils sont bien plus profonds.

Pour preuve, le gouvernement de la CAQ a réinvesti massivement en éducation depuis 2018. Et pourtant la crise perdure. 

Repenser les ressources, la bureaucratie éducative et le culte du mur-à-mur transcende une nouvelle convention collective et la promesse d’aide à la classe dans la moitié des classes du primaire.

Il faudra bien s’y attaquer un jour.

Car il n’y aurait rien de plus tragique que de retourner à la case départ de l’épuisement, le découragement et la rancœur au terme d’un conflit si déchirant. 





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