Deux patients sont morts en deux jours à l’urgence de l’hôpital de Châteauguay la semaine dernière alors qu’ils attendaient d’être soignés par un médecin dans un contexte d’achalandage record et d’attente interminable. 

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«C’est majeur, réagit une employée de l’hôpital sous le couvert de l’anonymat, qui qualifie la situation d’«horrible». C’est épeurant. Le personnel de l’urgence a la responsabilité de ces patients sur leurs épaules.»

Voilà plusieurs jours que des urgences débordent au Québec, notamment en raison d’une flambée de virus respiratoires. À l’Hôpital Anna-Laberge, le pire scénario s’est concrétisé pour deux malades qui sont décédés sans avoir vu un médecin, selon nos sources. 

Il attendait depuis 12h 

Mercredi dernier, un patient âgé est décédé en soirée après avoir perdu conscience et fait un arrêt cardiaque. Il attendait depuis 12 heures pour un mal de ventre. Selon nos informations, il avait été classé priorité 3 (P3). 

Normalement, ces cas doivent être vus en 30 minutes. Mais la semaine dernière, les P3 étaient vus en 24 heures, confirme un employé. Le patient avait été vu au triage plus d’une fois, et était stable. 

«S’il avait été vu plus tôt, est-ce qu’on l’aurait sauvé?» se demande l’employée, qui n’a pas la réponse. 

Le lendemain, un autre patient qui avait été placé sur une civière en attendant d’être vu par un médecin est décédé. Il avait des problèmes respiratoires, nous a-t-on dit. 

Pour plusieurs employés, ces deux décès ne sont malheureusement pas si surprenants, mais ils ajoutent un stress supplémentaire. 

«Ça fait des années qu’on crie à l’aide, il y a quelque chose qui bloque à quelque part», dit l’un d’eux. 

De son côté, le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de la Montérégie-Ouest a répondu par courriel prendre ces situations «très au sérieux» et offre ses condoléances aux familles. On refuse toutefois de donner des détails sur les décès. 

«Bien qu’elles [ces situations] aient eu lieu dans ce contexte d’achalandage exceptionnel, il demeure qu’elles ne représentent aucunement la qualité de service que nous souhaitons offrir», écrit Jade St-Jean, responsable des communications. 

Un volume record

En moyenne, 50 ambulances par jour se sont présentées à l’urgence la semaine dernière, soit 10 de plus que la moyenne, souligne le CISSS. Lundi dernier, il y en avait même eu un record de 65. En raison d’un bris d’un scanneur à l’hôpital de Salaberry-de-Valleyfield, plusieurs patients ont aussi été transférés à Châteauguay. 

Les deux décès font présentement l’objet d’une enquête à l’interne et au Bureau du coroner, confirme le CISSS. Des rencontres sont prévues à court terme avec ministère de la Santé et des Services sociaux pour trouver des moyens de réduire la pression. Le ministre de la Santé, Christian Dubé, s’est même rendu sur place dimanche. 

«Les faits rapportés sont extrêmement préoccupants», écrit le cabinet du ministre.

Des lits additionnels ont aussi été ouverts dans le département de médecine de jour, et les patients non prioritaires sont renvoyés vers des cliniques médicales. 

Selon l’Association des spécialistes en médecine d’urgence du Québec, l’achalandage dans les urgences devient insoutenable à plusieurs endroits. 

«À 200% pendant deux ou trois jours, on peut tougher. Mais là, ça fait deux, trois semaines que ça dure. C’est sûr qu’on va en manquer [des patients]. Les médecins sont nerveux. […] En ce moment, c’est une des pires jobs au Québec de faire du triage pour les infirmières», souligne le président de l’association, le Dr Gilbert Boucher.  

L’urgence d’Anna-Laberge en chiffres hier 
  • Taux d’achalandage de 191% 
  • 32 civières prévues 
  • 61 patients sur civière 
  • 20 patients attendaient depuis plus de 48 heures (la cible est de 0) 

Source: index Santé 

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