Cinq microbrasseurs du Québec attendent depuis des mois les 3 à 5 millions de dollars que leur doit leur distributeur, Transbroue. Ce dernier annonce, lundi matin, la fin de ses activités de vente et de représentation.  

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Son propriétaire – Groupe Triani – indique vouloir «se concentrer uniquement sur la distribution», dans un communiqué. 

Le Journal révélait samedi que Transbroue ne paye plus ses fournisseurs – les brasseurs – depuis l’été.

Pol Brisset, à Joliette, attend un chèque de 1,2 M$. Le contrat entre sa brasserie L’Alchimiste et Transbroue est brisé depuis le 8 novembre. 





Pol Brisset vient de claquer la porte de son distributeur, Transbroue, qui a arrêté de le payer et qui lui doit 1,2 M$.


photo founie par Pol Brisset

La Brasserie Générale réclame 154 225$ à l’entreprise dans une poursuite et la brasserie À l’abri de la Tempête, 141 403$. Quatre autres lui réclament encore 339 372$. 

Même l’ex-dragon Nicolas Duvernois connaît la chanson. Le créateur de Pur Vodka ne pense pas revoir les plus de 1 M$ que lui doit le couple derrière Triani, qui possède Transbroue depuis 15 mois. 

Tristan Bourgeois Cousineau, 32 ans, et Joannie Couture, 33 ans, traînent une réputation belliqueuse dans le milieu de la bière. 

Ils mettent la hache dans leur nouvelle acquisition, plaident-ils, lundi, en raison des «difficultés vécues par Transbroue» et du «contexte économique difficile». 

Les ventes de bière sont en chute libre, se plaignent-ils. 

Quatre microbrasseries étaient sous contrat avec le distributeur au moment de l’annonce: Shelton, 4 Origines, L’Espace public et MonsRegius.

Le montant de la dette de Transbroue à leur égard est inconnu pour le moment. 

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«Ils se foutent de la gueule du monde»

Transbroue a convoqué tous ses employés à 8h, lundi matin. Tristan Bourgeois Cousineau a entre autres déclaré, indique-t-on de source sûre, qu’il va bientôt faire une offre aux partenaires non payés. 

Triani a répondu à l’article du Journal samedi dans une lettre intitulée «Être entrepreneur à l’ère du bullying et de la désinformation».

«Je déplore sincèrement que des entreprises en arrivent au point de laver leur linge sale sur la place publique et encore plus […] en s’attaquant aux individus directement. C’est vicieux et malhonnête», écrit Joannie Couture. 

Tous les employés du groupe Triani – ce qui inclut Transbroue – ont reçu la lettre, samedi matin. Le courriel contenait aussi le communiqué publié lundi.

Le couple n’est pas seul à avoir pondu un cri du cœur. Un ex-employé de Transbroue a fait pareil. 

«Ils ne payent même pas nos bonus depuis leur arrivée, des bonus qui sont dans nos contrats», confie celui dont nous avons confirmé l’identité. 

Tristan et Joannie, comme on les appelle, écrit-il, sont en train de bousiller Transbroue.

«Tout ça en moins d’un an! La frustration est à son maximum», lance avec dégoût ce membre de la vieille garde de l’entreprise.

Régulier au palais… de justice

Avec Transbroue en 2022, Triani a aussi acheté le Groupe Glutenberg – les brasseries Glutenberg, Oshlag et Vox Populi.

La Caisse de dépôt et placement du Québec avait mis 2,5 M$ pour 20% du groupe en 2017, ce qui valorisait la boîte de David Cayer et de Julien Niquet à 12 M$. 

Au moment de la vente, Triani a payé la Caisse rubis sur l’ongle. Les 50 petits actionnaires – dont les deux fondateurs – n’ont pas tout touché: Triani retient toujours un peu plus de 1 M$. 

Les actionnaires poursuivent Triani depuis. Ils se font poursuivre en retour, car ils auraient fourni des renseignements trompeurs. 

«Ils nous accusent d’avoir laissé des dettes. Ils n’ont juste pas fait leurs vérifications. La meilleure chose qui puisse arriver, c’est qu’ils fassent faillite», soutient un ex-actionnaire de Transbroue. 

Tristan et Joannie ont l’habitude des poursuites, au moins 20 PME les attaquent en cour depuis 2019. À Saint-Eustache, René Huard en a long à dire à ce sujet.

«Ils sont victimes de TOUT le monde. C’est trop injuste», lance avec humour le propriétaire de la brasserie Simple Malt en faisant référence à Caliméro, le charmant mais malchanceux petit poussin noir.

Triani lui doit 400 000$, plaide-t-il dans une poursuite vieille de trois ans. 

«Triani a intenté une poursuite en premier contre Simple Malt en 2020», écrit Joannie Couture dans sa lettre contre le «bullying» et la «désinformation». 

Elle a commandé de la bière à Simple Malt en 2019, dit-elle. René Huard aurait pris son argent sans livrer la marchandise. 

Se devoir 3 M$ à soi-même

«Ce serait si simple si c’était vrai. C’est simplement faux. J’ai des milliers de documents pour le prouver», jure le passionné de houblon en manquant de s’étouffer devant l’accusation. 

Joannie Couture est triste, écrit-elle dans sa lettre de samedi. Elle n’en démord pas: les médias et ses ex-partenaires sont dans le champ.

«Ce qui m’attriste le plus, c’est à quel point la désinformation est rendue banale. On lance des chiffres et des accusations à tout vent sans aucune gêne et sans même prendre la peine de vérifier la source», se lamente la cheffe d’entreprise.

Transbroue ne dit rien dans son communiqué au sujet précis des brasseries de Triani – Glutenberg, Oshlag et Vox Populi et Les 2 Frères -, ainsi que sur ses boissons alcoolisées Baron, Octane et Mojo. 

«Le client de Transbroue le plus important demeure Triani pour la représentation et la distribution de ses produits alcoolisés. Transbroue cumule d’ailleurs à ce jour une créance de plus de 3 M$ due à Triani», écrit le couple.

Les revenus de toutes les entreprises connues du couple sont estimés à plus de 20 M$ par année. 

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