Alors que la grande majorité des centres de services ignorent les raisons qui poussent des enseignants à remettre leur démission, des enseignants déplorent n’avoir reçu qu’un «accusé réception» après qu’ils les eurent avisés de leur départ. 

C’est ce qui est arrivé à Edith Lamoureux, une enseignante du secondaire de Gatineau, qui a remis sa démission l’an dernier après 17 années d’expérience, comme le rapportait Le Journal mardi.

Le message automatisé reçu dans sa boîte courriel est la seule réponse qu’elle a eue de son employeur après son départ. «Personne ne se bat pour nous garder», déplore-t-elle.

La pratique semble répandue puisque plusieurs autres profs qui ont renoncé à l’enseignement ont aussi confié au Journal récemment avoir reçu le même message automatisé en guise de réponse. 

«On n’essaie même pas de nous retenir», déplore une enseignante qui a démissionné ce printemps, après avoir subi de la violence à répétition dans un groupe d’adaptation scolaire.

  • Écoutez l’entrevue avec Simon Viviers, professeur titulaire à l’École de counseling et d’orientation de l’Université Laval via QUB radio :
Un expert pas étonné

Simon Viviers, professeur à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université Laval, n’est toutefois pas étonné. «C’est tout à fait illustratif de ce qu’on a déjà documenté, les enseignants se plaignent beaucoup de la bureaucratie», affirme-t-il.

Le Journal rapportait mardi que le nombre d’enseignants qui ont remis leur démission a doublé depuis quatre ans dans les écoles publiques québécoises, selon des données partielles obtenues par une demande d’accès à l’information auprès de 41 des 72 centres de services scolaires. Depuis cinq ans, plus de 6200 enseignants ont pris cette décision.

Tous les enseignants qui ont démissionné n’ont toutefois pas forcément quitté l’enseignement, précise-t-on dans le réseau scolaire. Certains peuvent avoir remis leur démission pour aller travailler dans un autre centre de services, en raison d’un déménagement par exemple, ou au privé, mais la plupart des organisations ignorent les raisons de leur départ.

Seuls deux centres de services, les Découvreurs à Québec et Marguerite-Bourgeoys à Montréal, nous ont indiqué que leurs enseignants avaient démissionné principalement pour aller travailler dans un autre centre de services scolaire, «en raison de la disponibilité des contrats», «pour se rapprocher de leur domicile» ou encore pour des raisons familiales ou personnelles.

Conditions de travail difficiles

Pour Simon Viviers, il est toutefois clair que l’augmentation du nombre de démissions est directement liée «aux conditions de travail qui sont de plus en plus difficiles». 

«Ça correspond aux échos que l’on a sur le terrain», affirme celui qui s’intéresse depuis des années aux enjeux de santé mentale chez les enseignants.

Ce dernier a collaboré à une récente étude de l’Institut national de santé publique qui indique que 62% des enseignants vivent un niveau de détresse psychologique «élevé», un pourcentage qui aurait presque doublé depuis 12 ans.

Le professeur de l’Université Laval presse d’ailleurs les centres de services de documenter les raisons de ces démissions. «C’est primordial, ce sont des données importantes à aller chercher», dit-il.

M. Viviers affirme par ailleurs que l’adoption prochaine de la réforme scolaire du gouvernement Legault, contenue dans le projet de loi 23, ne fera qu’empirer la situation en réduisant l’autonomie professionnelle des enseignants tout en accentuant la pression sur leurs épaules.

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