Un octogénaire de Longueuil qui a laissé sa femme des 50 dernières années dépérir pendant des semaines dans des conditions atroces au point où elle baignait dans ses excréments a écopé hier de deux ans d’emprisonnement à purger à la maison.

«Les gens ne peuvent pas prendre sur eux de décider si une personne âgée requiert des soins ou non. Les services sont là. Il s’agit d’une infraction grave. J’espère que la peine imposée dissuadera les gens de faire comme vous», a lancé le juge Serge Délisle à l’accusé Paul-Henri Landry hier après-midi.

En octobre 2020, l’homme de 83 ans n’en pouvait plus de s’occuper de sa femme, Marina Lepage, et il a composé le 911 pour qu’on lui envoie une ambulance.

«L’état dans lequel madame a été retrouvée est extrêmement choquant, c’est révoltant», a souligné la procureure de la Couronne, Me Anne Gauvin, au palais de justice de Longueuil.

À l’arrivée des paramédicaux, la dame de 85 ans baignait dans son urine et ses excréments dans un lit renfoncé et sans draps. Elle était dénutrie et recroquevillée sur elle-même. L’odeur était insupportable.





Photo Antoine Lacroix

En position fœtale

À l’hôpital, les intervenants ont tenté de déplier son corps en position fœtale, mais sans succès. Elle avait également plusieurs plaies de lit qui laissaient voir ses os et ses tendons. La victime est décédée 12 heures après d’un infarctus.

Après plusieurs mois d’enquête, son conjoint a été accusé. Le couple marié depuis plus de 50 ans n’avait pas d’enfants et était plutôt isolé.

Paul-Henri Landry a évité un procès en plaidant coupable en février dernier à un chef d’accusation de ne pas avoir fourni les choses nécessaires à l’existence de sa conjointe.

Or, il tente encore de se déresponsabiliser et tend à peindre une image amoindrie de la situation. C’est ce qui ressort d’un rapport présentenciel déposé hier au tribunal.

Méfiant

Et s’il n’a pas agi plus tôt, c’était pour respecter les souhaits de sa femme, qui ne désirait pas se rendre à l’hôpital, selon ses dires. L’octogénaire, chez qui on dénote une méfiance envers le système de santé, avait également refusé l’aide pour sa conjointe offerte par son médecin.

Le juge Délisle a entériné une sentence de deux ans moins un jour d’emprisonnement à domicile après une suggestion commune de la Couronne et de la défense. L’âge de l’aîné et ses capacités limitées ont notamment été pris en compte.

Malgré cela, il s’agit d’une peine plus lourde que celle de Bruno Turcotte, condamné hier matin à 18 mois d’emprisonnement à la maison pour avoir aussi négligé de fournir des soins à sa femme quasi paralysée. Dans son cas, l’homme de 61 ans a été reconnu coupable d’homicide involontaire à la suite d’un procès devant jury.

– avec Valérie Gonthier

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