Les évictions forcées ont explosé de 132% en seulement un an, faisant de 2022-2023, la pire année jamais enregistrée, selon les données compilées par le Regroupement des comités logement et associations de locataires du Québec (RCLALQ).

«On ne pensait pas que ça aurait autant augmenté en une année», affirme Cédric Dussault, porte-parole du RCLALQ.

Les cas de reprise de logement, d’évictions et de rénovations sont passés de 1525 en 2022 à 3531 en 2023, a calculé le RCLALQ, qui a obtenu ces chiffres grâce à 30 organismes membres du regroupement.

«Tous ces cas représentent pour le RCLALQ des évictions forcées», est-il écrit dans le rapport présenté lundi.

Entre 2020 et 2023, le nombre d’évictions forcées compilées a augmenté de 492%, ajoute l’organisation. On comptabilisait 597 cas d’évictions forcées en 2020.

Malgré ça, ces chiffres ne représentent que la pointe de l’iceberg, pour M. Dussault, puisque la grande majorité des locataires ne font pas valoir leurs droits, ou ne les connaissent pas.


«La gravité de la situation s’exprime aussi par une détresse grandissante des locataires qui nous contactent. Les conséquences des évictions forcées sont de plus en plus lourdes», insiste M. Dussault.

En exemple, le Comité logement Petite-Patrie affirme avoir reçu quatre appels de locataires ayant des plans suicidaires dans les trois dernières semaines, affirme Mélanie Baril.

«C’est une situation terrible où les comités logement ne font plus juste de la défense des droits, mais où on devient un centre de crise», ajoute-t-elle.


Montréal, triste championne

Et sans grande surprise, c’est à Montréal que le nombre d’évictions forcées a été particulièrement important puisqu’on y a dénombré 950 cas en 2022 et 2306 cas en 2023, soit une augmentation de 143%. 

Et c’est dans l’arrondissement de Rosemont–La Petite-Patrie que le plus grand nombre de dossiers a été ouvert avec 485 cas, suivi du Plateau-Mont-Royal (391).

Les régions aussi sont particulièrement touchées puisque le RCLALQ enregistre une hausse de 121% des cas d’évictions forcées. Les régions autour de Montréal, comme la Montérégie, Lanaudière ou les Laurentides, occupent tristement le haut du classement, notamment avec le Comité logement Rive-Sud, qui a comptabilisé 336 cas d’évictions forcées. 

À Québec, en seulement une année, le nombre de cas est passé de 88 à 149, soit une augmentation de 69%.

Phénomène qui se propage

Si les chiffres sont aussi plus importants, c’est parce qu’il y a davantage de comités logements membres qui ont transmis leurs données au RCLALQ, précise M. Dussault.

«Il y a quelques années, il y a des endroits où il n’y avait juste pas ou presque pas d’évictions, donc ce n’était pas forcément pertinent pour certains groupes de faire la comptabilisation», explique-t-il.

Pour ce dernier, il est clair que si Québec ne fait rien, la situation ne fera qu’empirer puisqu’avec la hausse des taux d’intérêt, notamment, de nombreux propriétaires risquent d’avoir recours à ces évictions forcées pour maximiser leur revenu locatif.

«De plus en plus de propriétaires ne se donnent même plus la peine de faire semblant. L’impunité est presque totale pour les propriétaires et spéculateurs aux pratiques crapuleuses qui se moquent du droit au maintien dans les lieux des locataires», martèle Cédric Dussault. 

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