Alors que les profits des épiciers pourraient dépasser la somme record de six milliards de dollars cette année selon un organisme, le PDG de Metro a juré faire des pieds et des mains pour éviter de faire mal au portefeuille des Québécois devant un comité parlementaire, lundi, à Ottawa.

«On s’efforce de donner le meilleur prix possible dans toutes nos bannières. On ouvre des magasins d’escompte. On fait tout ce que l’on peut», a martelé le PDG de Metro, Eric La Flèche, de passage au Comité permanent de l’agriculture et de l’agroalimentaire (AGRI), à Ottawa, lundi après-midi.

Piqué par les politiciens qui lui ont demandé s’il allait en faire plus pour faire baisser ses prix en magasin, le grand patron a reconnu que le contexte fait que «c’est trop cher» et que «ça fait mal», mais il a dit que l’inflation était pire dans d’autres pays.

«Nos coûtants ont augmenté de façon majeure depuis deux ans. Nos marges de profits n’ont pas augmenté, elles. C’est ça qu’il faut souligner. Oui, notre chiffre d’affaires a monté avec l’inflation. Oui, notre niveau de profit a monté, mais nos marges, elles, en pourcentage, n’ont pas monté», a-t-il détaillé.

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Cap du 6 G$

D’après l’économiste et directeur du Centre for Future Work, Jim Stanford, les profits dans la vente d’aliments ont plus que doublé par rapport à avant la pandémie dans les épiceries du pays.

«Les détaillants en alimentation ont réalisé un bénéfice net de près de 6 milliards de dollars en 2022, contre 2,4 milliards de dollars en 2019 et une moyenne de 1,8 milliard de dollars par an au cours des cinq années précédant la pandémie de COVID-19», observe-t-il dans un mémoire présenté devant le comité.

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«Au cours des neuf premiers mois de 2023, les détaillants en alimentation ont gagné 4,6 milliards de dollars; à ce rythme, les bénéfices totaux pour l’année 2023 dépasseront la marque de 6 milliards de dollars», va-t-il jusqu’à écrire.





Tirée d’un mémoire du Centre for Future Work, décembre 2023

Bouc émissaire

À la mi-novembre, le grand patron de Metro avait dit en entrevue au Journal avoir «un peu» l’impression de jouer le rôle du bouc émissaire dans le dossier de l’inflation.

«On est le dernier maillon d’une longue chaîne. Il y a des augmentations de prix tout au long de cette chaîne-là et nous, on est le dernier devant le client, alors c’est un peu normal qu’on passe au cash», avait-il lancé.

Jeudi dernier, Le Journal rapportait que la facture d’épicerie d’une famille allait coûter un bon 700$ de plus l’an prochain, d’après un rapport des universités Dalhousie, Guelph, Saskatchewan et UBC.

«Je comprends que les gens puissent en arracher»

Cuisiné par le député de Rosemont—La Petite-Patrie du NPD, Alexandre Boulerice, le numéro 1 de Metro, Eric La Flèche, a dû défendre sa rémunération globale de 5,4 millions de dollars en 2022, en comité à Ottawa, lundi.

«Je comprends que les gens puissent en arracher. Je comprends que ce soit de gros montants. Personne ne dit que ce ne sont pas de gros montants», a fini par lâcher Eric La Flèche, devant le Comité permanent de l’agriculture et de l’agroalimentaire (AGRI).

«Mais c’est la rémunération qui est compétitive et on est dans un marché compétitif», a-t-il ajouté.

«Plus de 155 fois»

Lors de l’échange, le député du NPD lui a mis sous le nez «qu’il gagne 155 fois» le salaire moyen du caissier de ses supermarchés, qui a souvent un peu plus que le salaire minimum.

«Vous ne trouvez pas cela un peu indécent à moment donné?» a demandé le député québécois au dirigeant de Metro.

Ce à quoi le numéro 1 de l’entreprise lui a répondu que sa rémunération relevait de son conseil d’administration.  

«Je suis mal placé pour parler de ma propre rémunération», a-t-il répondu.

«La rémunération des exécutifs chez Metro est normale et compétitive», a-t-il conclu.

Avec la collaboration de Raphaël Pirro

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