La ministre des Transports Geneviève Guilbault passe de la parole aux actes avec le lancement d’un appel d’offres pour soumettre les grandes sociétés de transport du Québec à un audit de performance indépendant.

• À lire aussi: Les sociétés de transport ont un examen de conscience à faire, croit Guilbault 

Un appel d’offres concernant la réalisation d’un «audit indépendant de la performance» auprès des 10 grandes sociétés de transport et de l’Agence régionale de transport métropolitaine (ARTM)» a été publié officiellement lundi.

Le mandat détaillé dans les documents d’appel d’offres vise à «améliorer leur situation financière, notamment par une plus grande efficience opérationnelle et un meilleur niveau de productivité».

«L’audit doit permettre […] de dégager des recommandations permettant d’augmenter leurs revenus autogénérés et de diminuer leurs dépenses», peut-on lire.

Il est également précisé que les prestataires de services intéressés doivent posséder «au moins 10 années d’expérience en services de consultation dans le domaine de la restructuration d’entreprises».

La date limite de réception des soumissions est fixée au 10 janvier. Une fois le contrat accordé, le prestataire retenu disposera de 18 semaines jusqu’à la présentation d’un rapport final au ministère.

«En raison de l’ampleur des sommes demandées pour le financement des déficits des organismes de transport collectif, il est essentiel de trouver des sources d’optimisation et d’économie. D’où la pertinence de réaliser ces audits de performance», fait valoir Mme Guilbault, dans un communiqué.

À couteaux tirés

Après des mois de négociations houleuses, la vice-première ministre avait prévenu que son ministère procéderait à un tel exercice, le mois dernier, en déballant le contenu de son «offre finale», qui devrait permettre de couvrir 70% des déficits anticipés des principales sociétés de transport de la province.

Près de 90% de son aide totalisant 265 millions $ doit servir à équilibrer les budgets des sociétés de transport du grand Montréal, soit 218 millions $ pour la CMM et 20 millions $ pour les couronnes.

«Ça ne peut plus continuer comme ça, il faut gérer les fonds publics de manière serrée», disait Mme Guilbault, le 3 novembre, en laissant entendre que les sociétés de transport ont un examen de conscience à faire.

Dans la foulée de la mise à jour économique d’Eric Girard, qui est venue confirmer le montant annoncé par la ministre des Transports, la CMM a néanmoins qualifié cette aide de «largement insuffisante» et plusieurs maires ont dit craindre une diminution de l’offre de services.

Faire porter l’odieux

En mettant sa menace à exécution, «la ministre cherche à faire porter l’odieux d’éventuelles réductions de service des transports en commun de même que l’échec anticipé de sa propre politique de mobilité durable sur le dos des sociétés de transport», a d’ailleurs réagi, mardi, le député péquiste Joël Arseneau.

«En matière de transport collectif, pas besoin d’un audit de performance pour conclure que la CAQ fait fausse route», a ajouté le député des Îles-de-la-Madeleine et porte-parole du Parti Québécois en transports.

«Nous ne sommes pas contre la recherche d’une plus grande efficacité, mais pas au détriment de l’autonomie municipale», déplore son homologue de Québec solidaire, Etienne Grandmont.

«Ce qui est inquiétant, c’est la tendance de la CAQ à se désengager en matière de financement des transports en commun. Moins on investit en transport collectif, moins les gens sont au rendez-vous, ce n’est pas sorcier», considère le député de Taschereau.

«C’est un peu comme si elle ne leur faisait pas confiance. […] C’est comme si elle donnait d’un bord, mais qu’elle reprenait de l’autre. Elle pense que sociétés (de transport) sont mal gérées. Ce n’est pas ça qu’il faut faire et que ce n’est pas la bonne méthode», a commenté à son tour le député libéral André A. Morin, qui juge toutefois nécessaire de trouver de nouveaux modes de financement pour le transport collectif.

De son côté, la STM, qui entend participer à l’audit, rappelle qu’elle est «déjà auditée de plusieurs façons», que ce soit par son propre vérificateur général, par celui de la Ville de Montréal et «via des auditeurs externes qui auditent chaque année ses états financiers».

Ce qu’ils ont dit:

«Cet exercice nous permettra d’exposer les efforts considérables que nous avons menés dans les dernières années pour contrôler nos dépenses tout en démontrant les limites de notre réalité budgétaire où l’on gère des dépenses croissantes […] dans un modèle financier désuet où les revenus dédiés (taxe sur l’essence et droit d’immatriculation) ont reculé constamment au fil du temps.»

– Société de transport de Montréal (STM)

«La Société de transport de Trois-Rivières n’est pas déficitaire et notre gestion financière a toujours été très rigoureuse. En ce sens, nous n’avons pas d’appréhension vis-à-vis l’annonce de l’audit et nous comptons collaborer pleinement avec la firme qui sera choisie. Nous sommes évidemment disposés à mettre en application les recommandations qui émaneront de cet audit.»

– Société de transport de Trois-Rivières (STR)

«Dans une approche de transparence, nous nous tenons prêts à répondre à l’invitation de la ministre Guilbault et à ainsi offrir notre collaboration pour assurer le bon déroulement de cet exercice collectif. Nous aborderons par ailleurs celui-ci avec la même rigueur que celle démontrée par la STL lors de sa candidature en 2019 aux Prix Performance Québec.»

– Société de transport de Laval

«Le RTC collaborera entièrement à cet exercice. Nous sommes confiants que l’exercice viendra démontrer que le RTC est un réseau performant.»

– Réseau de transport de la Capitale (RTC)

Les autres sociétés de transport visées:

  • de Longueuil (RTL)
  • de l’Outaouais (STO)
  • de Sherbrooke (STS)
  • du Saguenay (STS)
  • de Lévis (STLévis)
  • Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM)
  • Exo





Voir la source