Depuis, la classe politique qui contrôle le pouvoir au Guatemala cherche à tout prix à empêcher Arévalo d’accéder à la présidence du pays le 14 janvier prochain.

Arévalo est clairement un candidat qui menace les intérêts de ceux qui détiennent le pouvoir depuis 30 ans au Guatemala, et il était donc évident qu’il n’allait pas gagner sans une tentative de contre-attaque, a déclaré Garance Robert, coordonnatrice de l’équipe de recherche sur l’inclusion et la gouvernance en Amérique latine (ERIGAL) à l’Université de Montréal.

Dans un appel publié le 10 décembre dans le journal guatémaltèque Prensa Libre, les ambassadeurs d’Allemagne, du Canada, de France, de Grande-Bretagne, de Suède et de Suisse, en plus du chargé d’affaires des États-Unis, ont souligné que le jour du scrutin était classé comme exemplaire par les missions d’observation électorale nationales et internationales qui ont suivi le processus. Cela comprenait les missions de l’Union européenne et de l’Organisation des États américains.

En tant que représentants des gouvernements de l’Allemagne, du Canada, des États-Unis, de la France, du Royaume-Uni, de la Suède et de la Suisse, nous avons suivi avec une inquiétude croissante les tentatives visant à faire taire la voix du peuple guatémaltèque exprimée lors des élections. Nous avons été témoins d’une judiciarisation abusive du processus et de tentatives de manipulation des résultats. Les citoyens de nos pays entretiennent de solides liens d’amitié et de collaboration avec le peuple guatémaltèque. Ils expriment constamment et avec une urgence croissante leur inquiétude face à ces actions antidémocratiques, qui reflètent parfois une manipulation inacceptable des faits.

Une citation de Déclaration des ambassadeurs d’Allemagne, du Canada, de France, de Grande-Bretagne, de Suède et de Suisse, et du chargé d’affaires des États-Unis au Guatemala
Une foule manifeste contre la corruption électorale au Guatemala.

Des manifestants participent à la « Marche pour la démocratie » pour exiger la démission de la procureure générale Consuelo Porras et du procureur Rafael Curruchiche, accusés d’avoir généré une crise électorale.

Photo : Getty Images / AFP / CARLOS ALONZO

Déjà en octobre, les mobilisations au Guatemala exigeaient la démission de trois responsables : la procureure générale Consuelo Porras, le procureur du bureau spécial contre l’impunité (FECI) Rafael Curruchiche et le juge Fredy Orellana, accusés d’avoir conspiré pour priver Bernardo Arévalo de sa victoire.

Bien que leurs noms fassent partie d’une liste d’acteurs corrompus et antidémocratiques préparée par le Département d’État des États-Unis, les trois rejettent l’inauguration de Bernardo Arévalo, dont le parti propose un programme anticorruption.

Depuis les résultats inattendus obtenus par Arévalo au premier tour (nouvelle fenêtre) de l’élection présidentielle le 25 juin dernier, et plus encore depuis sa victoire au second tour, Consuelo Porras, Rafael Curruchiche et Fredy Orellana ont multiplié les appels à invalider les résultats de ces élections.

Le 8 décembre, le parquet guatémaltèque a annoncé (nouvelle fenêtre) qu’il considérait comme nulles et non avenues les élections présidentielles remportées en août par Bernardo Arévalo en raison d’irrégularités présumées. Cette déclaration a provoqué la colère de l’Organisation des États américains (OEA), qui a dénoncé une tentative de coup d’État au Guatemala.

Le procureur Leonor Morales a dit lors d’une conférence de presse que les enquêtes ont montré qu’il y avait des anomalies dans la rédaction du procès-verbal final du décompte des voix et que, par conséquent, les élections du président, du vice-président et des députés […] sont automatiquement nulles et non avenues.

Cependant, le Tribunal électoral suprême (TSE) avait auparavant déclaré les élections légitimes et confirmé qu’Arévalo pourrait, comme prévu, prendre ses fonctions le 14 janvier 2024. Le procureur Morales a expliqué que le procès-verbal n’avait cependant pas été approuvé par la séance plénière du Tribunal électoral suprême et n’aurait donc pas dû être utilisé pour enregistrer les résultats.

Suite à l’annonce du procureur, le Tribunal suprême électoral a réaffirmé que les résultats de l’élection présidentielle remportée par Bernardo Arévalo sont justes.

Les résultats sont valables, officiels et inaltérables […], les élus doivent prendre leurs fonctions en janvier prochain, sinon il y aura un effondrement de l’ordre constitutionnel.

Une citation de Tribunal électoral suprême du Guatemala

La tentative d’invalider les élections générales de cette année constitue la pire forme de désintégration démocratique et la consolidation d’une fraude politique contre la volonté du peuple, a ajouté l’OEA.

Le président du Guatemala, Bernardo Arévalo.

Le président élu Bernardo Arévalo participe à une conférence de presse devant la Cour suprême, à Guatemala, en novembre.

Photo : Reuters / CRISTINA CHIQUIN

Tentative de Coup d’État

Le chef du bureau spécial contre l’impunité, Rafael Curruchiche, présent à la conférence de presse, a assuré que toutes les informations enregistrées dans les procès-verbaux de clôture des élections ainsi que dans les bulletins de vote dans tous les bureaux devraient être annulées.

Nous présenterons ces informations criminelles au Tribunal électoral suprême pour analyse dans les prochains jours et ce sera cette institution qui prendra une décision en la matière.

Une citation de Rafael Curruchiche, chef du bureau spécial contre l’impunité

Ces accusations sont considérées par les partisans d’Arévalo comme une nouvelle tentative du parquet, dirigé par la procureure générale Consuelo Porras, d’empêcher le président élu en août d’assumer ses fonctions en janvier prochain.

Notre devoir en tant que représentants des démocraties de nos pays respectifs est d’écouter la voix de nos citoyens et de nos autorités. En leur nom, nous condamnons les actions des acteurs au Guatemala qui cherchent à faire taire la voix du peuple. Cette voix mérite d’être entendue et respectée. Le peuple guatémaltèque mérite davantage de la part de ses autorités.

Une citation de Déclaration des ambassadeurs d’Allemagne, du Canada, de France, de Grande-Bretagne, de Suède et de Suisse, et du chargé d’affaires des États-Unis au Guatemala

Les diplomates ont également exhorté les trois pouvoirs qui composent l’État du Guatemala, et en particulier le ministère public qui est au centre de cette tempête, à prendre des mesures définitives garantissant une transmission du pouvoir qui respecte les principes fondamentaux de la démocratie et la volonté exprimée par le peuple du Guatemala les 25 juin et 20 août 2023.

Ce reportage est également disponible en espagnol

Avec les informations de l’AFP et de Prensa Libre



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