François Legault se montre plus optimiste en ce qui a trait aux négociations avec les syndicats issus du milieu de l’éducation qu’avec ceux de la santé, avec qui les pourparlers sont, dit-il, plus « difficiles ».

Avec les enseignants, ça va bien, très bien, a déclaré le premier ministre en arrivant à l’Assemblée nationale, ce matin – au point où un retour en classe dès la semaine prochaine serait envisageable, selon lui. J’ai bon espoir que tous les enfants vont retourner à l’école dès lundi qui vient, a-t-il dit.

Les négociations, cependant, se déroulent beaucoup moins rondement avec les syndicats du secteur de la santé, à l’entendre.

Avec eux, c’est très, très difficile, a confié le premier ministre en débarquant de sa limousine. Les dirigeants syndicaux, a-t-il regretté, ne font preuve d’à peu près aucune ouverture, si bien qu’il serait surprenant que les deux parties en arrivent à une entente d’ici le jour de l’An.

De ce côté-là, je pense que ça va aller plutôt en janvier, a estimé M. Legault, avant de s’engouffrer dans le parlement.

Arrivant plus tard pour la séance hebdomadaire du conseil des ministres, la présidente du Conseil du Trésor, Sonia LeBel, a elle aussi déclaré que la possibilité était réelle de conclure d’ici la fin de la semaine une entente avec la FAE.

Il est également réaliste, selon elle, de pouvoir trouver des voies de passage et de dégager des ententes d’ici la fin de l’année avec le Front commun.

Les demandes du principal syndicat des infirmières, la FIQ, demeurent quant à elles irréalistes, a répété Mme LeBel.

Sonia LeBel en mêlée de presse.

La présidente du Conseil du Trésor, Sonia LeBel, espère toujours s’entendre avec la FAE et le Front commun syndical d’ici la fin de l’année.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

La réplique de la FAE – qui représente environ 40 % des enseignants du réseau scolaire à Montréal, à Laval, dans les Laurentides, en Outaouais, dans la Capitale-Nationale et dans la région de Granby – ne s’est pas fait attendre.

Dans un message diffusé sur les réseaux sociaux, la Fédération a invité ses membres à ne pas se laisser berner; à ne pas monter dans les montagnes russes du premier ministre; et à rester debout, droits, fiers et solidaires.

Contrairement à ce que dit François Legault, les nouvelles à la table ne sont pas encourageantes. Le gouvernement souffle le chaud et le froid. Il nous promet de l’ouverture pour ensuite refermer la porte aussitôt. La stratégie du gouvernement est clairement de diviser le mouvement et d’épuiser les profs.

Québec négocie actuellement avec une dizaine d’unités syndicales, dont la FAE, en grève générale illimitée depuis le 23 novembre, le Front commun (FTQ, CSN, CSQ, APTS), la FIQ et le SPGQ. Toutes ces organisations sont en mode « débrayage », aujourd’hui.

Les 160 000 enseignants du Québec sont soit représentés par la FAE, soit par la FSE, affiliée à la CSQ. Les deux unités syndicales négocient en parallèle.

La présidente de la FAE, Mélanie Hubert, a toutefois informé ses membres hier soir dans une vidéo diffusée sur Facebook que l’optimisme de lundi avait cédé sa place au scepticisme, car les textes déposés par le gouvernement ne reflétaient pas nécessairement ce qui s’était dit [la veille].

Des élèves privés de cours depuis bientôt trois semaines

Le débrayage est particulièrement difficile pour la Fédération de Mme Hubert, ses membres ne disposant d’aucun fonds de grève. Mais il est aussi et surtout pénible pour les élèves, privés d’enseignement depuis trois semaines.

Dans ce contexte, des voix s’élèvent pour demander le report des examens du ministère, qui doivent normalement avoir lieu en janvier et en février.

La députée libérale Marwah Rizqy, par exemple, s’inquiète que les élèves manquent de préparation. C’est un échec annoncé pour eux, a-t-elle prévenu, en entrevue aujourd’hui à l’émission Tout un matin, diffusée sur les ondes d’ICI Première.

Mme Rizqy aimerait que le gouvernement propose un plan de rattrapage, en reportant à la fin de l’année certains examens ou en changeant la pondération.

La situation est bien différente dans le secteur de la santé, considéré comme des services essentiels. Des centaines d’opérations jugées « non urgentes » sont néanmoins reportées chaque jour de grève.

Depuis vendredi dernier, pas moins de 2000 chirurgies auraient été repoussées, a évalué le ministre de la Santé, Christian Dubé, en sortant de la réunion du conseil des ministres, cet après-midi.

Le débrayage du Front commun, qui représente une bonne partie des travailleurs du réseau, devrait normalement prendre fin demain. Ses dirigeants ont toutefois prévenu qu’à moins d’une entente avec le gouvernement, la prochaine étape serait le déclenchement d’une grève générale illimitée.

Des manifestants de la FAE et du Front commun marchant dans la rue.

Bien que les syndiqués du secteur public négocient le renouvellement de leurs conventions collectives en parallèle, il n’est pas rare de les voir manifester ensemble, comme c’était le cas ce matin dans Verdun.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Pour mettre de la pression sur le gouvernement, des rassemblements sont organisés presque chaque jour par les unités syndicales en négociations.

Des grévistes de la FAE et du Front commun se sont par exemple rassemblés à Granby ce matin, alors que d’autres, issus de toutes les organisations en débrayage, se sont rassemblés dans l’arrondissement montréalais de Verdun en appui au secteur public et contre le projet de loi 15, adoptée sous le bâillon samedi.

Un rassemblement organisé par le SPGQ et le SFPQ aura également lieu demain midi devant le bureau de circonscription de Sonia Lebel, à Trois-Rivières, pour permettre aux syndiqués de manifester leur mécontentement envers les offres du gouvernement.



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