Défenseur parmi les plus prometteurs en vue du repêchage de 2024, Cole Hutson est amer. Encore amer du traitement que les recruteurs ont réservé à son frère Lane lors de l’encan qui s’est tenu à Montréal les 7 et 8 juillet.

Malgré des statistiques offensives dignes de l’élite avec le programme de développement américain, Lane Hutson avait dû patienter jusqu’au deuxième tour, les Canadiens de Montréal le sélectionnant avec le 62e choix au total. 

«Pour toute la famille, c’est devenu une affaire personnelle, fait savoir Cole au téléphone. Il méritait d’être sélectionné beaucoup plus tôt. J’espère me venger de ce qui lui est arrivé. Mon objectif est d’être repêché au premier tour.»

«Ç’a été difficile pour nous tous quand Lane a glissé au repêchage, confie de son côté l’entraîneur-chef de l’équipe des moins de 18 ans du programme américain, Nick Fohr. Nous croyions tous qu’avec ce qu’il avait montré, il méritait mieux.»

Les Hutson pourraient très bien avoir le dernier mot dans cette histoire. Lane empile furieusement les points dans la NCAA depuis sa sélection par le CH. Et Cole, lui aussi un défenseur offensif extrêmement talentueux, a établi l’an passé le record de points chez les moins de 17 ans pour un défenseur du programme américain. Il a d’excellentes chances d’entendre son nom au premier tour. 

«Toutes les équipes voudraient avoir Lane maintenant, après l’avoir boudé. Et je suis le joueur qui lui ressemble le plus, souligne Cole. Je ne pense pas que les recruteurs veulent lever le nez sur un joueur comme Lane à nouveau. C’est le genre de joueur qui change le cours d’un match.»

Pas une fois lors de l’entretien, on sent que Cole remet en perspective ou minimise sa rancune. Elle est très assumée. 

Les recruteurs ont-ils réellement appris leur leçon avec Lane? Et quelle est cette leçon, au fait? 

«Ils pensent que le hockey se joue encore comme dans le vieux temps et que c’est entièrement un jeu physique, explique Cole. Mais le jeu a évolué et tu peux maintenant utiliser ton intelligence pour t’en sortir. Ce n’est plus aussi important.»

«Avec le succès que Lane a connu si rapidement par la suite au niveau collégial et même au Championnat mondial de hockey, il y a des équipes qui seront plus entichées à l’idée de repêcher Cole, fait valoir Fohr. Au final, cet épisode a été dur pour Lane, mais son succès pourrait ouvrir la voie à son frère au repêchage.» 

Discussions avec le CH 

Cole et Lane n’ont jamais été coéquipiers. Cela pourrait théoriquement changer l’an prochain, car Cole rejoindra Boston University, équipe pour laquelle Lane évolue depuis 2022.

Nous employons ici le terme «théoriquement», car, dans les faits, ça n’arrivera pas. 

«C’est un peu tiré par les cheveux comme scénario, reconnaît Cole. Il a été incroyable ces dernières années. J’aimerais vraiment pouvoir jouer avec lui, mais il sera temps pour lui de monter de niveau.»

Cole confie avoir eu des discussions à quelques reprises avec des recruteurs des Canadiens. La possibilité de porter l’uniforme tricolore en compagnie de son frère un jour n’occupe pas ses pensées pour autant. 

«Pas vraiment, non. Ce serait fantastique que ça arrive, mais j’essaye juste de me concentrer sur cette saison et j’espère gagner l’or avec les États-Unis [au Championnat des moins de 18 ans].»

Presque un copier-coller

Il existe quelques différences entre Cole et Lane Hutson, mais elles ne sont pas considérables.

«J’ai quelques pouces d’avance sur Lane au même âge, indique Cole, qui mesure un peu plus de 5 pieds 10 pouces. Je suis la même courbe de croissance que mon grand frère Quinn, qui fait presque 6 pieds aujourd’hui. C’est certainement à mon avantage. Je n’ai pas peur de donner de grosses mises en échec et d’aller dans les endroits où ça fait mal. Je dirais que je suis une version plus physique [de Lane].»

«Je crois que Lane arrive à ses fins grâce à sa pure détermination et son éthique de travail; il travaille juste tellement fort et c’est ainsi qu’il accomplit la plupart des choses qu’il entreprend, mentionne l’entraîneur du programme américain Nick Fohr. Cole, lui, est un peu plus naturel. Ça lui vient plus facilement. Ils sont différents de cette façon, mais les deux arrivent sensiblement au même résultat.»

Au final, avec la rondelle, on a presque droit à un copier-coller. Les deux défenseurs ont sensiblement la même approche. 

«Ils sont différents des joueurs normaux, s’émerveille Fohr. Ils sont tellement bons pour tendre des pièges aux joueurs adverses et se rendre imprévisibles. Ils peuvent changer de direction tellement rapidement et ça rend la vie dure à ceux qui tentent de les freiner. Ils utilisent des feintes avec leur tête, ils feignent le tir, la passe… Ils positionnent leurs mains de manière trompeuse. Ils sont tellement bons et ils font tout ça si rapidement. Les adversaires ne sont pas habitués à se faire jouer ce genre de tours. Il y a très peu de joueurs qui peuvent faire ça.»

Mais qu’y a-t-il dans l’eau à North Barrington, le patelin des Hutson dans l’Illinois? Comment expliquer que deux frères ont tous deux développé des habiletés aussi rares? 

«C’est l’implication de Rob Hutson, leur père, souligne Fohr. Il a passé beaucoup de temps avec ses gars et il est entraîneur dans le hockey mineur. Il a travaillé beaucoup avec eux. Il a évidemment enseigné les mêmes choses aux deux frères, puisqu’ils ont les mêmes qualités, les mêmes habiletés avec la rondelle et la même lecture du jeu.

«Et, vous savez, il y en a un autre qui s’en vient. Il s’appelle Lars. Je l’ai vu souvent rôder autour de nos installations au fil des ans. Je connais les Hutson depuis quatre ou cinq ans déjà. Lars avait 10 ans quand je l’ai rencontré la première fois et il était minuscule. J’ai entendu dire qu’il est un pas pire joueur…»

Parmi l’élite

Zach Werenski. Quinn Hughes. Charlie McAvoy. Adam Fox. Nick Fohr a veillé au développement de tous ces défenseurs durant leur passage au sein du programme américain. 

Et il n’a pas peur d’inclure Cole Hutson dans la même conversation. 

«Il est dans ce groupe de joueurs, affirme Fohr. Je veux dire, il a établi le record pour un défenseur chez les 17 ans et moins l’an passé, non? C’est mieux que ce que tous ces gars ont fait, en théorie, n’est-ce pas? Cole est dans ce groupe, certainement.»

Cole Hutson a par ailleurs tiré son épingle du jeu lors des matchs contre les universités américaines, un bon indice de sa capacité à affronter des joueurs plus grands et plus forts. 

«Je trouve même qu’il est trop impliqué physiquement par moments, note Fohr. Parfois, j’aimerais qu’il se garde une petite gêne. Un joueur de son gabarit peut se blesser en courant après la mise en échec.»

Pour la projection finale : chef d’orchestre de l’avantage numérique et défenseur de première paire. 

«Il peut être un défenseur de première paire, croit Nick Fohr. Les meilleurs attaquants, ils veulent jouer avec des défenseurs qui peuvent leur refiler la rondelle et leur créer de l’espace en détournant l’attention vers eux. Cole peut faire un peu de tout, je l’emploie dans toutes les situations.»

Il y a une toute petite chose en terminant que nous voulions mettre au clair avec l’entraîneur de Cole Hutson. Lors de notre entretien, le jeune homme a donné l’impression d’être un peu renfermé sur lui-même, malgré quelques déclarations très candides. 

«Ha, ha, ha, ha, ha! réagit Fohr en gloussant de rire. Oui, il n’est pas très jasant. Il n’exprime pas vraiment ses émotions. Quand je m’assois avec lui, il va droit au but et il ne s’éternise pas. Il ne va pas prolonger la conversation. Beaucoup de « oui » et de « non », c’est tout ce que tu vas lui soutirer. Il est assez stoïque. C’est un jeune homme concentré et je respecte ça. 

«Je m’inquiéterais si je ne le voyais pas interagir avec ses coéquipiers et se comporter comme un adolescent normal, mais je vois ça tous les jours. Alors je ne lui en tiens pas rigueur, mais pas du tout.» 

Cole n’est pas le plus bavard. Mais ses performances, combinées à celles de Lane, enverront un message fort aux recruteurs qui négligent les défenseurs dans le moule des Hutson.



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