J’ai eu l’occasion de l’écrire, je ne suis toujours pas favorable à la grève des enseignants.  

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L’état des finances publiques me semble critique, et la présente génération d’élèves a suffisamment payé le prix de la pandémie pour qu’on ne retarde pas davantage son évolution scolaire. 

Une fois cela dit, il me semble essentiel de démonter le mythe laissant croire que les enseignants se plaindraient le ventre plein.

Effondrement

On sous-estime à quel point ce métier est devenu intenable, dans la mesure où la société a reporté sur l’école l’ensemble de ses fonctions devenues déficientes. 

Je m’explique: en gros, dans une société normale, la famille éduque et l’école instruit. La famille socialise, transmet les valeurs de base et l’école transmet, sur ce fond sociologique partagé, un savoir, des connaissances, une culture générale, avant de préparer ensuite au marché du travail. 

À l’école, l’autorité de l’enseignant était généralement incontestée, même s’il y a toujours eu des trouble-fêtes dans chaque classe. Il était d’ailleurs en droit de les chasser de sa classe. Cela allait même de soi et les parents, si cela arrivait, faisaient front commun avec le prof. 

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Le moins qu’on puisse dire est qu’on a changé de monde. 

La famille, déjà, s’est affaissée. Elle est écartelée, elle n’a plus la cohérence et la solidité de jadis. 

Et trop de parents, lorsque leurs enfants se comportent mal, les défendent inconditionnellement, en se retournant contre les enseignants et les professeurs, qui ne devraient pas avoir le droit de douter du génie de leur marmaille. 

La jeune génération paie le prix de cette dislocation. Les troubles de comportement régulés par la pharmacopée se multiplient, les troubles d’apprentissage aussi, et cela dans un contexte où la présence des écrans vient dissoudre la capacité de concentration. 

Et cela, sans oublier qu’au nom de l’inclusion, on a forcé l’intégration des élèves à troubles d’apprentissage et à troubles de comportement dans les classes régulières. Ce qui a compliqué encore plus la vie des enseignants. 

Au final, on a perdu le sens de la mission de l’école, tout simplement. 

Peut-on reconstruire l’école? Peut-on la recentrer sur sa mission fondamentale? 

C’est ce que cherche à faire en France le ministre de l’Éducation nationale, Gabriel Attal. C’est ce qu’ont cherché à faire chez nous dans les années 1990 puis dans les années 2000 Jean Garon et Michèle Courchesne. 





Photo Agence QMI, JOEL LEMAY

Drainville

C’est aussi, manifestement, ce que souhaite faire Bernard Drainville, qui, contrairement à ce que disent ses critiques, est le meilleur ministre qu’on pouvait souhaiter à l’éducation. 

Mais le tout ne se fait pas d’un coup de baguette magique. La mise de l’avant de l’excellence scolaire par le ministre est un pas dans la bonne direction. 

On dira de même de la réforme de la formation des maîtres. 

Mais qu’on ne se trompe pas: si l’école est malade, c’est que la société est malade. Et cela, personne ne veut vraiment se l’avouer.





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