Le patron de Moderna, Stéphane Bancel, a estimé possible auprès de l’AFP que le vaccin thérapeutique développé par la compagnie contre le cancer de la peau soit approuvé dès 2025, après de nouveaux résultats positifs annoncés jeudi.

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«On pense que le produit, dans certains pays, pourrait potentiellement être lancé sous une approbation accélérée à l’horizon 2025», a-t-il déclaré lors d’une interview.

Ce vaccin thérapeutique n’est pas destiné à empêcher le développement de la maladie comme un vaccin classique, mais bien à la traiter une fois apparue. Il utilise toutefois le même principe: aider le système immunitaire du patient à se défendre lui-même contre la maladie.

Les vaccins thérapeutiques représentent aujourd’hui un véritable espoir en oncologie, une «immunothérapie 2.0», selon Stéphane Bancel. L’«immunothérapie 1.0» étant notamment représentée par des médicaments de plus en plus utilisés comme Keytruda, développé par Merck (MSD en dehors des États-Unis et du Canada).

Ce calendrier est notamment encouragé par des résultats publiés par Moderna jeudi, montrant une amélioration, dans le temps, des chances de survie grâce au traitement qui utilise la technologie de l’ARN messager ayant fait ses preuves contre le Covid-19.

Lors d’un essai sur environ 160 personnes atteintes d’un mélanome de stade avancé, la prise du vaccin en même temps que le médicament anticancéreux Keytruda a permis, sur une période de trois ans, de réduire de 49% le risque de réapparition du cancer ou de décès, comparé aux patients uniquement traités avec l’anticancéreux.

Moderna avait déjà annoncé l’année dernière les résultats de suivi sur deux ans, avec alors une réduction de 44% des risques.

«La différence de survie est en train de s’agrandir. Plus le temps passe, plus vous voyez que l’avantage» du traitement de Moderna est «important», a estimé M. Bancel.

Un traitement qui fonctionne pour «une personne sur deux», par rapport à celles ayant reçu «le meilleur traitement sur le marché», en oncologie, «c’est énorme», a-t-il souligné.

Traitement «individualisé»

Ces données pourraient donc permettre, selon lui, un lancement du traitement sans attendre les résultats d’un essai de phase 3. Celui-ci a été démarré en juillet sur plus de 1 000 personnes, et le recrutement devrait être terminé «dans la seconde moitié de 2024».

«À ce moment-là, on pourra commencer à avoir des discussions avec les agences réglementaires sur une accélération de l’approbation conditionnelle du produit», a expliqué Stéphane Bancel. La condition pour confirmer l’autorisation étant ensuite «un succès de la phase 3, qui confirmerait les données qu’on voit aujourd’hui».

Le traitement a d’ores et déjà été désigné «thérapie innovante» par l’Agence américaine des médicaments (FDA), un statut qui a pour but d’accélérer son développement. L’Agence européenne des médicaments (EMA) lui a aussi accordé une désignation similaire («Priority Medicines»).

En 2020, environ 57 000 personnes sont décédées dans le monde d’un cas de mélanome, l’une des formes les plus graves de cancer de la peau, selon les estimations d’une étude récente.

Le vaccin thérapeutique de Moderna est développé à partir des mutations lues dans l’ADN de la tumeur du patient — qui subit une opération pour la retirer avant de recevoir le traitement.

Détecter plus tôt

Ainsi, plus qu’une personnalisation du vaccin, il s’agit là d’une «individualisation», a souligné M. Bancel. Moderna «fabrique physiquement un produit» qui n’est fait «que pour vous».

Pour préparer la commercialisation, l’entreprise construit une usine dans le Massachusetts dédiée à ces traitements individualisés contre le cancer.

D’autres types de tumeurs sont également en considération. La compagnie a annoncé lundi démarrer un essai de phase 3 contre le cancer du poumon.

À l’avenir, pour sauver davantage de vies, une autre clé résidera dans la détection précoce du cancer, selon Stéphane Bancel.

Il aimerait ainsi combiner des études avec la technologie novatrice des «biopsies liquides», grâce auxquelles «vous pouvez voir des petits bouts d’ADN de la tumeur dans le sang».

En permettant de détecter un cancer plus tôt, le système immunitaire du patient serait alors moins affaibli. Or c’est sur ce système immunitaire que les vaccins thérapeutiques s’appuient.

D’autres compagnies, comme BioNTech, travaillent également sur des vaccins thérapeutiques individualisés contre le cancer.

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