Plus de 400 postes de psychologues, d’orthophonistes et de psychoéducateurs sont toujours vacants dans les écoles publiques québécoises, alors que les enseignants et les professionnels du réseau scolaire sont dans la rue pour réclamer de meilleures conditions de travail afin d’attirer et de retenir davantage de collègues.

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Selon les plus récentes données du ministère de l’Éducation, en date du 20 novembre, 155 postes de psychologues, 143 postes de psychoéducateurs et 138 postes d’orthophonistes étaient toujours vacants dans les écoles de la province (voir encadré plus bas). 

Ces chiffres sont toutefois difficilement comparables avec ceux de l’année dernière, puisque le nombre de centres de services scolaires qui ont participé à cette collecte de données diffère d’une année à l’autre.  

Les difficultés de recrutement et de rétention perdurent toutefois depuis des années, déplore Jacques Landry, président de la Fédération des professionnelles et professionnels en éducation (FPPE-CSQ), dont les membres en grève jusqu’à jeudi font partie du Front commun. 

«Ça fait plusieurs années que le gouvernement ne prend pas la situation au sérieux. Je n’ai jamais entendu autant de gens qui pensent à quitter», affirme-t-il. Cette proportion s’élève à 40%, selon un sondage interne réalisé par la Fédération auprès de ses membres. 

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À bout de souffle 

L’accès à des services professionnels adéquats pour subvenir aux besoins grandissants des élèves en difficulté est au cœur des revendications des employés du réseau scolaire. 

Or, les professionnels des écoles publiques sont aussi à bout de souffle, affirment trois d’entre eux, avec qui Le Journal s’est entretenu mercredi.  

Ils ont chacun soit vécu un arrêt de travail, soit diminué volontairement le nombre d’heures travaillées pour éviter d’en arriver là. 

«On réduit notre horaire de travail parce que c’est notre seule façon de survivre», affirme Claudine Blouin, une orthophoniste de Québec qui ne compte plus les heures de bénévolat qu’elle a consacrées à ses élèves au fil des ans. 

Sébastien Mailhot, qui est psychologue dans une école secondaire, a aussi pris un congé différé il y a quelques années, pour être capable de «passer au travers», aux prises quotidiennement avec des élèves en crise suicidaire, qui se mutilent ou qui vivent des problèmes d’anxiété.  

«Les problèmes de santé mentale ont vraiment augmenté», constate-t-il. 



«Choix déchirants» 

Le manque de temps est la plus grande frustration au quotidien, ajoute de son côté Sarah-Émilie Labonté, qui a longtemps été psychoéducatrice auprès d’élèves en classe spécialisée au primaire, avant de faire le saut au secondaire cette année. 

Plutôt que «d’éteindre des feux», de «gérer des crises» et «des chaises qui revolent», elle aimerait avoir plus de temps pour mettre en place des interventions efficaces, qui permettraient d’éviter d’en arriver là.  

«Ce ne sont pas les enfants, le problème, c’est le système dans lequel ils sont. On manque de temps, alors on passe notre vie à faire des choix déchirants», affirme-t-elle. 

Un avis aussi partagé par Mme Blouin. «Nos listes d’attente, ce sont plus que des noms, ils ont des yeux. Je les vois pleurer dans la cour de l’école», dit-elle. 

Dans ce contexte, pas étonnant que le privé soit si attrayant, avec ses salaires élevés et ses conditions de travail envieuses. «Encore la semaine passée, on a une collègue qui nous a annoncé qu’elle quittait», indique Mme Labonté. 

Les professionnels rencontrés aimeraient aussi avoir plus de stabilité, au lieu d’être à la merci de changements d’horaire et d’école tous les ans, selon les affectations qui peuvent varier d’une année à l’autre pour des professionnels. 

Postes vacants de professionnels dans les écoles publiques 

Psychologues 
  • À temps plein: 112 
  • À temps partiel: 43 
  • Total: 155 
Psychoéducateurs 
  • À temps plein: 111 
  • À temps partiel: 32 
  • Total: 143 
Orthophonistes 
  • À temps plein: 101 
  • À temps partiel: 37 
  • Total: 138 

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