Le 21 décembre prochain, mon garçon d’un an et moi perdrons notre médecin de famille. Déjà tenté par le privé, la réforme Dubé serait pour lui la goutte de trop.

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Dès le dépôt du projet de loi 15, du ministre de la Santé, mon docteur avait annoncé qu’il se désaffilierait du service public en raison de deux articles qui s’y trouvaient. 

Dans sa version originale, la réforme Dubé demandait que tous les médecins postulent obligatoirement au CIUSSS de leur région pour y faire du travail dans les établissements publics. Les médecins qui refuseraient de le faire ne pourraient plus facturer à la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ).  

J’ai rencontré mon médecin de famille alors qu’il travaillait dans un CLSC il y a plus de 15 ans. Depuis plusieurs années, il faisait partie des 3300 omnipraticiens qui pratiquent exclusivement en cabinet.  

Près du milieu communautaire, il avait monté sa clinique en solo pour y offrir un service public. Il a toujours été facile d’y prendre un rendez-vous pour le voir quelques heures plus tard. Avec mon garçon, nous n’avions jamais besoin de nous rendre à l’urgence ou patienter des heures au téléphone dans l’espoir de voir un médecin en clinique.  

Trop rapide?

L’hiver dernier, après le dépôt du projet de loi, mon docteur a annoncé à sa clientèle qu’il ne suivrait pas la réforme. Une réforme de trop dans sa carrière, a-t-il affirmé. 

Il ne souhaitait pas avoir de lien avec CIUSSS de la Capitale-Nationale. Sa retraite arrive d’ici quelques années et il souhaitait poursuivre tranquillement sa pratique en cabinet, loin du chaos du réseau.  

Il a alors demandé à tous ses patients d’appeler la RAMQ afin qu’ils se retirent de sa liste et qu’ils s’inscrivent eux-mêmes au Guichet d’accès à la première ligne (GAP) avant le 21 décembre 2023. «Après mûre réflexion» a-t-il dit à ses patients, il continuera sa pratique dans le même bureau, mais au privé.  

Or, le ministre a déposé des centaines d’amendements cet automne, en liasse.  

Dans ces modifications, qui n’ont pas été détaillées publiquement, le ministre a abandonné les obligations qui rebutaient mon docteur. Les médecins n’ont toutefois pas été informés des changements. Le projet de loi a été adopté sous bâillon samedi, sans que tous les articles soient étudiés. 

La Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) doit envoyer une missive à ses membres ce vendredi afin de présenter les principaux changements et les gains qu’elle a réussi à obtenir. 

Prétexte?

Pour mon médecin de famille, il sera trop tard. La transition est déjà complétée.  

Si je veux continuer à le voir, je devrai maintenant payer un forfait de minimum 150$ par année en plus de débourser quelques dizaines de dollars à chaque visite. 

J’ai décidé de ne pas nommer mon médecin, par respect pour ses années de services auprès de ma famille et parce qu’il ne souhaitait pas se disputer sur la place publique.

Sur l’affiche à l’entrée de son bureau, il invitait ses patients à discuter avec leur député pour de plus amples explications. 

Cependant, à la lumière du projet de loi adopté, j’espère qu’il ne nous a pas tous roulés dans la farine. J’espère sincèrement qu’il ne s’agissait pas d’un simple prétexte pour abandonner ses patients au détriment de la pratique privée, comme 500 autres de ses collègues. Bon, maintenant, je me croise les doigts pour ne pas tomber malade. 

Ce que la FMOQ dit:

«On ne pouvait pas présumer des votes en commission et au Parlement sur chaque article et amendement proposé d’une part. On souhaitait avoir un tableau réel et définitif à communiquer aux médecins au sujet du PL 15 tel que finalement adopté. Et il en revient au gouvernement d’expliquer ses initiatives législatives et le processus adjacent. Cela démontre juste que jouer avec des articles de lois qui régissent la vie professionnelle des individus, ce n’est pas sans conséquences malheureusement. Pour le médecin qui quitte le régime public, cela nous attriste énormément c’est sûr.»

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