Après 16 jours de grève de la Fédération autonome de l’enseignement, des enseignantes se cherchent maintenant une autre job, poussées à bout par les derniers soubresauts dans les négociations qui s’étirent avec le gouvernement Legault. 

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C’est ce que fera la semaine prochaine Sonia Bahl, une enseignante du primaire de l’Estrie qui compte près de 20 ans d’expérience.

Plutôt que d’aller piqueter, elle mettra à jour son CV. Dans le contexte actuel, Mme Bahl espère se trouver rapidement un autre emploi et ne pas finir l’année scolaire.

«On se fait niaiser, je me sens méprisée. J’ai atteint ma limite», a-t-elle lancé lors d’un entretien avec Le Journal, jeudi.

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Les déclarations du premier ministre François Legault au cours des derniers jours l’ont convaincue que le gouvernement négocie «dans un esprit d’écrasement» en tentant de «manipuler émotivement» les enseignantes, alors que la loi 23 adoptée la semaine dernière ne contribuera qu’à dévaloriser encore davantage la profession, selon Mme Bahl.

«C’est le message que je reçois», affirme-t-elle dans une publication sur les réseaux sociaux qui s’adresse à François Legault. «Vous avez décidé d’être un interlocuteur de mauvaise foi. Est-ce que je veux encore travailler pour un employeur de cette trempe?»

Non, tranche cette enseignante qui dénonce depuis plusieurs années l’inaction gouvernementale en éducation, qui a mené l’école publique «à la dérive» et les profs, au bord de l’épuisement.





Photo fournie par Sonia Bahl

Pas un cas isolé

Mme Bahl affirme par ailleurs qu’elle est loin d’être un cas isolé. Sa publication, qui a beaucoup circulé dans des groupes d’enseignants, a trouvé écho auprès de nombreux collègues, dit-elle. 

C’est le cas notamment de Joanna Kaczmarek, une enseignante de 4e année de Montréal qui a contacté son centre de services scolaire mercredi pour se renseigner sur la procédure en cas de démission.

«Ça fait quelque temps que j’y pense, et avec ce qui se passe, c’est encore pire. Si on retombe dans les mêmes conditions qu’avant la grève, ça ne m’intéresse plus. Si on n’aboutit pas à quelque chose de raisonnable avec le gouvernement, c’est sûr que je vais considérer d’autres avenues», affirme-t-elle, poussée à bout par le manque de ressources et les combats constants à mener pour obtenir des services qui ne sont jamais à la hauteur des besoins de ses élèves.

Retour en classe appréhendé

Le retour en classe après des semaines de grève fait craindre le pire, ajoute Mme Kaczmarek, alors qu’il y aura tout ce rattrapage à faire, encore une fois. 

«Ce sont encore les enseignants et les élèves qui vont devoir mettre les bouchées doubles et ça fait peur», laisse-t-elle tomber.

Sur les réseaux sociaux, plusieurs enseignantes affirment aussi être en recherche d’emploi en raison du conflit qui s’éternise. 

«Devant le mépris, l’indifférence et le manque d’égard, il est légitime de se retourner et d’aller avec le vent contraire, d’être créatif et de chercher à porter notre intelligence, nos bras, notre sueur et notre expertise ailleurs», écrit l’une d’entre elles.

Quelque 66 500 profs de la Fédération autonome de l’enseignement sont en grève générale illimitée depuis le 23 novembre, ce qui a mené à la fermeture de 40% des écoles de la province, du jamais-vu depuis 40 ans au Québec.

Sans fonds de grève, ces enseignants, qui sont en majorité des femmes, sont sans salaire depuis maintenant trois semaines.







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