Les jaguars n’ont sûrement aucun concept des frontières, mais le long de celle départageant les États-Unis du Mexique, ces grands félins doivent s’y adapter.

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Jadis maître des plaines du désert de Sonora dans l’Arizona, le jaguar lutte désormais pour survivre dans un paysage coupé en deux par un mur de métal.

L’obstacle, que l’ancien président Donald Trump vantait d’être «infranchissable», n’a en réalité que peu d’effets pour décourager l’afflux quotidien de milliers de migrants.

Mais selon les experts de la vie sauvage, en entravant la mobilité des animaux, cette barrière a des conséquences désastreuses pour la faune.



Le mur à la frontière sud des États-Unis, un obstacle pour la faune


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«L’une des choses les plus importantes pour la santé des écosystèmes, c’est la connectivité de l’habitat», explique Laiken Jordahl, de l’ONG Center for Biological Diversity.

«Les animaux ont besoin de vadrouiller, de trouver de la nourriture, de l’eau, des partenaires. Qu’ils disposent de vastes étendues connectées est essentiel», ajoute-t-il.



Le mur à la frontière sud des États-Unis, un obstacle pour la faune


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«Vulnérables»

Malgré quelques interstices, la barrière métallique à l’allure rouillée s’étend sur des kilomètres, allant jusqu’à neuf mètres de haut à la pointe sud du parc Buenos Aires National Wildlife Refuge, réserve de 47 000 hectares pour des espèces animales et végétales menacées dans l’Arizona.



Le mur à la frontière sud des États-Unis, un obstacle pour la faune


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Elle marque la fin du territoire des États-Unis, mais pas celle de dizaines d’espèces comme l’antilope d’Amérique, le cerf-mulet, le lynx, le puma, ou encore le jaguar.

«Ce mur va clairement couper cet écosystème dans son ensemble de toutes les terres sauvages au Mexique, ce qui rendra les animaux de chaque côté (du mur) plus vulnérables aux sécheresses, au changement climatique, et à la consanguinité», assène Laiken Jordahl.

La barrière «affecte grandement les migrations (des animaux) du nord au sud et du sud au nord», rapportait en octobre à l’AFP le Mexicain José Manuel Perez, de l’association Cuenca los Ojos, qui étudie les mouvements d’animaux dans la zone avec des caméras de surveillance.



Le mur à la frontière sud des États-Unis, un obstacle pour la faune


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Une harde de sangliers dépendant de sources d’eau du côté américain a par exemple «tenté de traverser pendant cinq heures» le mur frontalier, expliquait-il alors.

Les scientifiques estiment à 150 le nombre de jaguars du côté mexicain, tandis que le félin n’a été aperçu qu’à de rares reprises côté américain ces dernières décennies.

«Un seul jaguar peut parcourir des centaines voire des milliers d’hectares, ils peuvent marcher des centaines de kilomètres en l’espace de quelques jours», souligne Laiken Jordahl.



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«Des jaguars approchent de l’Arizona depuis (l’État mexicain du) Sonora, mais beaucoup se retrouvent opposés à un solide mur frontalier», ajoute-t-il.

«Irréparables»

La barrière physique entre les États-Unis et le Mexique a été construite au cours de plusieurs décennies sur des portions de la frontière longue de 3 000 km, afin de lutter contre l’immigration clandestine.

Mais c’est sous Donald Trump que ce mur a été véritablement étendu. Son administration a abrogé des règles censées atténuer les dégâts environnementaux du mur, entraînant ainsi des dommages «irréparables» dans des réserves naturelles et sur des territoires autochtones, selon un rapport publié en septembre par une agence parlementaire d’audit du gouvernement.

Pour Laiken Jordahl, cette construction à la hâte a nui à plusieurs années d’efforts de préservation environnementale, pendant lesquelles l’État fédéral a dépensé «des centaines de millions de dollars», notamment pour voir le retour d’animaux comme le loup gris du Mexique et le jaguar.

«Ils sapent tous ces objectifs en construisant des structures imperméables», dit-il.

Joe Biden a suspendu l’expansion du mur lors de son arrivée à la Maison-Blanche en 2021, mais en octobre dernier, son administration a autorisé la fermeture de certains interstices dans le mur, principalement en Arizona.

«Nous détricotons petit à petit le patchwork» que représente cet écosystème à la frontière entre les deux pays estime Laiken Jordahl.

«Ce n’est qu’une question de temps avant qu’il ne commence à s’effondrer.»





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